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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°96 Breuklijnen

Juillet/Août – Juli/Augustus 2015
mardi 25 août 2015 par Jef Vleugels

 Singer-songwriter Jean-Paul (Rwanda)

Les faits

Le 6 avril 1994 l’avion du président rwandais Habyarimana est abattu. C’est le début de la période la plus sombre de l’histoire du Rwanda : la guerre civile entre Hutu et Tutsi et le génocide.

Le vécu

Son père de 86 ans lui avait conseillé de fuir et de quitter Butare où ils avaient depuis toujours paisiblement vécu avec leurs voisins hutu. A travers la forêt de Nyungwe il était parti au Burundi et de là en Uganda. Il continua à écrire de la musique et il était en tournée quand il apprit que ses parents, ses frères et sa sœur avaient été assassinés.

« Quand les massacres s’arrêtèrent, je suis retourné dans mon village. Là j’appris que mon père avait été tué par mon meilleur ami Vincent. Mon monde s’écroulait, j’étais effondré. Je devenais la proie de la boisson et de drogues. Je ne voulais plus qu’une chose : me venger et tuer Vincent. Mais ce dernier avait disparu. Neuf années passèrent, remplies de haine, de colère et de désir de vengeance. Entre-temps je m’étais établi au Canada avec ma femme et ma fille handicapée. Quand la rancœur finit par paralyser ma voix, j’abandonnais la chanson. J’étais intoxiqué et à deux doigts de la mort. Mes amis pourtant continuèrent à croire à l’impossible. Ils n’arrêtaient pas de prier pour moi. C’est alors que le miracle eut lieu. Une étrange paix envahit mon cœur. Ce que les médecins n’avaient pas réussi, ma foi y parvint. Pendant trois mois et muni d’une bible je me suis retiré sur une montagne, loin de tout le monde. Là j’ai découvert la pharmacopée de Dieu. Sa thérapie salvatrice. Je me disais : comme chrétien je retrouverai le droit chemin. Mais sur la montagne j’appris que cela était insuffisant. « Tu devras pardonner à l’assassin de ton père. Quand ton cœur sera libéré de la haine, alors seulement tu pourras aimer de nouveau. C’est toi qui as besoin du pardon, pas le coupable. » Je ne me suis pas précipité sur lui à la descente de la montagne, loin s’en faut. Plusieurs mois plus tard, j’ai senti que j’étais prêt. Au même instant je découvris la liberté. J’en ressentais la force indescriptible. Et savez-vous le plus étonnant ? Depuis ce jour-là les chansons reviennent et coulent par milliers de ma plume et ma voix. »

En 2003 Jean-Paul reçut le Kora Award, le prix le plus prestigieux de l’Afrique noire. S’en suivit une tournée aux Etats-Unis, où il chantait son arme insolite, le pardon. Quand il retourna au Rwanda, Vincent venait de sortir de prison. Jean-Paul retourna au village pour y siéger au tribunal populaire, le gacaca. « Non que je voulais l’accuser, mais lui pardonner et fêter ma liberté intérieure. » C’était la première fois qu’ils se voyaient depuis treize ans. « Lui dire que je pardonnais en le regardant dans les yeux, c’était l’épisode final. J’étais un homme guéri. »

Jean-Paul et Vincent sont allés souper ensemble. « Je lui ai demandé où mon père avait été enterré. Vincent m’a emmené. Il me parlait de l’effroyable loi du génocide, qui voulait qu’on tue d’abord son meilleur ami, sinon on était soi-même exécuté. Puisque je me trouvais à l’étranger, il avait dû s’en prendre à mon père. Quand j’ai compris ce mécanisme du génocide, je savais que des génocides peuvent pousser n’importe qui d’entre nous à commettre l’indicible. »


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