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L A V I G E R I E . be
Préparation du Chapitre 2010

Etre Missionnaire aujourd’hui

Réflexion d’un missionnaire.
lundi 21 décembre 2009 par F. Lambert, Webmaster

Quand un missionnaire missionnant réfléchit à sa mission actuelle, il est évidemment amené à envisager les nombreux aspects de son travail.
-  D’abord, il œuvre dans une culture mondiale en pleine évolution – cela se constate aussi bien dans sa culture d’origine que dans sa culture d’insertion – et dans une globalisation envahissante.
-  Ensuite, « justice, paix et sauvegarde de la création » dans ce contexte apparaissent partie intégrante de l’évangélisation. Annoncer, crier, accuser s’il le faut, manifester, combattre avec les démunis, les sans-paroles, celles et ceux de Mt 25, sont tâche quotidienne. Le Synode Africain récent est suffisamment clair à ce sujet.
-  D’autres aspects encore : approche, rencontre, dialogue dans maints domaines, gestes et actions prophétiques…

C’est l’aspect spirituel qui m’occupe ici.

Il me semble qu’un regard croyant sur l’homme voit en lui l’expression, l’écho, l’‘image’ de Dieu. ‘Image’ appelée à se faire ‘ressemblance’. Si nous laissons créationnisme et darwinisme être ce qu’ils sont, si nous aiguisons notre regard de croyant, en toute créature nous découvrirons le Créateur qui se laisse entrevoir, de manières diverses, dans une montagne ou un cristal, dans un cèdre ou une rose, dans un rhinocéros ou une bactérie, dans ces milliards de constellations et dans l’homme surtout…

Et, à l’intérieur de ce monde créé, l’évolution, l’orientation vers un point oméga. Il ne s’agit pas du Créateur d’hier, mais de Celui d’aujourd’hui, Celui de chaque instant. Les choses, les plantes, les animaux, les hommes n’existent pas seulement, ils sont créés, créés à tout moment. St-Ignace, dans ses Exercices Spirituels, au n° 235, propose sa « Contemplatio ad amorem ». Tout homme est habité de Dieu, temple de Dieu, manifestation à sa manière de Dieu . Qu’il le sache ou pas. Ainsi le voyons-nous, nous, croyants-continuellement-en-devenir.

Ne pouvons-nous tranquillement affirmer – après le Siècle des Lumières – que n’existent ni un ciel, ni un Dieu au ciel, ni une Parole de Dieu venant d’ailleurs, ni une Providence conduisant tout ? Ne nous faut-il pas poser : Dieu existe dans et parmi les hommes, Dieu naît au monde à travers les hommes  ? Depuis le moment où un animal s’est posé la question de l’Infini, l’homme existe. Depuis lors, les hommes, aussi finis fussent-ils, n’ont cessé de se poser la question de l’Infini, du Transcendant, du ‘Fatum’ peut-être, du Tout-puissant, du Super-commandant (Deus Sabaoth) etc. Dans la bible, dans le coran, Il/Elle est décrit/e en d’innombrables images. L’homme en effet n’a pas inventé Dieu, mais a inventé cent images pour dire Dieu. Siècle après siècle, des hommes ‘religieux’, des prophètes, des mystiques ont péniblement, dévotement, d’un cœur brûlant, incessamment essayé de nommer l’Innommable, de faire parler le Silencieux, de saisir l’Insaisissable. Ce qui a fait naître les diverses religions , chacune avec ses accents propres, chacune avec son histoire propre (ses divisions aussi, chaque fois qu’un « plus pur » s’imposait). Chacune avec sa richesse propre, de sorte que Bouddha puisse enrichir Mahomet et Mahomet Jésus, de sorte que Gandhi le libérateur puisse éclaircir Moïse le libérateur.

  • En Europe, nombreux sont-ils à se détourner du « religieux » se concrétisant dans une « église », une « communauté », parce que celles-ci sont déphasées dans l’actuelle culture, n’emploient ni les concepts, ni le langage d’aujourd’hui, s’occupent beaucoup trop de leur propre existence et pas assez de ce qui se vit profondément en l’homme.
Je voudrais simplement attirer l’attention sur quelques analyses de cette situation, dues à Bernard FEILLET, dans ses livres L’errance, Paris 1997 et L’étincelle du divin, Paris, 2005.

Allons-nous de la foi à la spiritualité ?

« Ces chrétiens, auxquels je fais référence [qui décrochent], se disent toujours chrétiens…Ils ne renoncent pas à ce qu’ils ont découvert dans l’évangile, de lumière, de paix et de vision d’une humanité réconciliée… Ils sont passés insensiblement de la foi affirmée, selon les termes qui leur avait (sic) été proposés, à la découverte de la spiritualité… L’espace de la spiritualité s’est ouvert à eux au-delà des balises de la foi… leur spiritualité est devenue leur foi

(Etincelle 49).

Avec tant d’autres, ils se savent habités et reliés par une spiritualité. Au fond d’eux-mêmes, ils savent qu’elle est chrétienne et liée à ce qu’aimait Jésus.

« Jésus ne leur semble pas un modèle, encore moins une incarnation de Dieu dans notre humanité… il est une suggestion pour déceler dans l’humanité contemporaine les traces du mystère de Dieu (la trace de Dieu dans une existence humaine). Jésus est perçu comme un guetteur de la présence du divin en tout homme. »

(Etincelle. 53).

C’est précisément ce que l’homme spirituel peut faire :

« Il s’agit tout simplement d’être attentif à la mise en œuvre du mystère de Dieu dans sa propre vie pour devenir capable de la percevoir dans la vie de tout être »

(Etincelle, 55).

« La contemplation n’est pas de contempler Dieu, mais de traquer dans l’homme la trace de cet infini qui s’inscrit dans l’expérience de la limite de notre humanité. Le mystère de l’homme est d’être habité de la question de l’infini du divin. De cette interrogation, à la naissance de toutes les autres, naît l’étonnement d’être, où se révèle que l’homme est un homme. Creuser le mystère de l’homme est aussi vertigineux que de vouloir appréhender le mystère de Dieu : ne serait-ce pas un seul et unique mystère ? »

(Etincelle, 56)

Il se fait que le changement de culture a de profondes répercussions.

Bernard Feillet dit à ce sujet : « Si Dieu demeure hors d’atteinte, que reste-t-il au croyant ? Il lui reste, et c’est ce qui fait de lui un croyant contemporain, le possible de la foi. Il n’y a de croyant que contemporain d’autres croyants ; la foi est d’aujourd’hui et singulière en chacun. Aussi est-elle neuve et jamais identique de génération en génération, d’un être à l’autre. L’avenir des religions dépend sans doute du statut de la foi en chacune des religions. La question est de toujours, bien qu’elle fût souvent dissimulée et parfois persécutée. Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui la question émerge au grand jour de la conscience contemporaine et qu’il ne sera plus guère possible de la réprimer longtemps.

Le croyant contemporain n’est plus toujours, comme par une appartenance allant de soi, le fidèle d’une religion. Un arrière-fond de culture, d’enracinement social, éventuellement d’éducation, lui permettront de se dire d’une religion plutôt que d’une autre, mais il n’attend pas des autorités religieuses le label de la foi et ne le leur demande pas. La foi, non pas comme adhésion à des vérités définies, mais comme créativité dynamique de l’existence vers l’accomplissement de l’être, échappe à tous les préposés au contrôle.
Au risque de paraître totalement irréaliste, ou plutôt idéaliste, et sans autre justification que celle qui vient du sentiment de percevoir en moi l’immense vibration de l’humanité en croissance, je tiens comme une évidence, après Pascal, que « l’homme passe infiniment l’homme » et à partir de là, j’aime me dire que « je suis dépassé par moi-même ». Cette foi en l’humanité est celle qui fonde ma foi en la croissance du divin et qui me donne en retour de voir qu’’il est bouleversant d’être un homme et que de cela je ne doute pas. Je ne saurais dissocier le mystère de l’homme du mystère de Dieu, et je les perçois comme un unique mystère. »

(Etincelle, 69-70)

Soyons conscients des limites (et des possibilités !) de notre être-missionnaire :

« Dans cette humanité, de plus en plus éveillée à la conscience d’elle-même, les religions ne peuvent plus exercer sur les sociétés et sur les individus un pouvoir collectif. Elles sont invitées à se transformer par l’évolution même de la conscience qui les a instaurées. Ce que je demande aux religions, c’est d’être contemplatives de la spiritualité de l’humanité entière, de se laisser éclairer par cette croissance qui déborde leurs repères, afin de ne pas rendre la foi impossible aux hommes et de maintenir pour eux les cieux ouverts. »

(Etincelle, 73).

Pour dire la même chose sous un autre angle
(mais nous, missionnaires qui engageons notre existence, ne devons-nous pas lui donner sens ?) :

« La première urgence du christianisme n’est pas tant de sauver l’homme ou de le convertir, mais de recevoir, comme une matrice qui demande à être fécondée, la vie du mystère de Dieu dans l’humanité entière et dont chaque être humain porte en lui-même, par son existence même, sa parcelle d’infini. Ce n’est pas le christianisme qui sauvera le monde, c’est la croissance spirituelle de l’humanité qui sauvera le christianisme et qui fécondera aussi toutes les autres religions.

Les religions appartiennent, elles aussi, à cette humanité et participent déjà à son accomplissement. Elles y tiennent même un rôle décisif. Mais leur avenir relève d’une inversion des intentions, d’une conversion du regard, d’une transformation des attitudes. Le christianisme pourra-t-il devenir contemplatif de l’émergence du mystère universel de Dieu dans l’humanité entière ? Saura-t-il en interpréter le message et rejoindre ainsi le premier message auquel il se réfère et qui a initié son aventure ?

Jésus n’est pas la propriété exclusive d’un christianisme, qui aurait le monopole d’une juste interprétation de son message ; il n’est pas la parole après laquelle aucune autre parole ne pourrait être prononcée, il n’est pas dans l’histoire de l’humanité l’accomplissement ultime d’une parole divine qui rendrait toute autre parole moins signifiante, mais il a ouvert en son temps une trace si lumineuse qu’elle éclaire encore l’avenir dont celles et ceux qui se reconnaissent « de lui » doivent aujourd’hui être créateurs. Cette créativité est d’autant plus nécessaire que ce que nous savons de Jésus, ce que nous pressentons de son être, nous renvoie à ce que nous ignorons de lui. Par sa mort, Jésus s’est absenté de l’Histoire ; par notre vie, si nous tentons d’être ses disciples, il continue à être présent. La dynamique de la foi n’est pas tant d’affirmer que Jésus est présent quand nous nous réunissons en son nom, mais d’inventer, chaque matin qui se lève, la manière dont nous serons, à sa suite, en ce nouveau jour de l’humanité, les créateurs du devenir du mystère de Dieu au monde. »

(Etincelle, 76-78)

Peut-être pourrions-nous clore cette réflexion sur la considération suivante :

« Il est étonnant que l’Eglise qui a transmis l’évangile et qui l’a si fortement enseigné à ses fidèles comme une règle de vie ne s’applique pas à elle-même ce que Jésus disait : « Celui qui perd sa vie la gagne. »

Se perdre, pour l’Église, ce serait renoncer à vouloir d’abord exister comme la meilleure voie proposée par Dieu à tous les hommes. Ce serait se proposer, comme l’accompagnatrice attentive et discrète, à celui qui lui demanderait de l’aider à progresser dans la découverte du mystère de Dieu, au-delà de toute Eglise, au-delà de toute religion.

Cette attitude est de l’ordre de la contemplation. Porter son regard sur chaque être comme le lieu incomparable où s’enfante le mystère de Dieu. Tout être est la matrice du divin. C’est même la justification ultime de sa vie - quelles que soient les tâches auxquelles il a consacré toutes ses énergies - : faire naître Dieu au monde, faire grandir l’être de Dieu encore inachevé.

Si Dieu a créé l’homme, l’homme est créateur de Dieu. Non pas pour l’inventer, mais pour lui donner d’être plus. Au nom de l’existence de Dieu, on a caché ce secret aux hommes et les religions se sont employées à ce qu’il ne soit pas divulgué. Il est terrible de penser qu’on a enlevé à l’homme la reconnaissance de sa puissance créatrice. Dans le creuset de l’humanité, Dieu devient Dieu. »

(L’errance, 34-36)


 

Peut-être estimez-vous que nous sommes loin du sujet. Je pense que nous en sommes au creux.

Fernand LAMBERT
15.12.2009

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