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L A V I G E R I E . be
République Démocratique du Congo

CENTRE NYOTA- MAISON DU PARTAGE

Paroisse de KADUTU, BUKAVU, Archidiocèse de BUKAVU
Famille - Mission n°4/4 – 2018
mercredi 28 novembre 2018 par Webmaster
REDONNER LE SOURIRE A DES JEUNES FILLES VICTIMES DE VIOLENCES OU D’ABANDON

Une tragédie qui n’en finit pas

Depuis plus de vingt ans, l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) est ravagé par des conflits sans fin et les habitants sont découragés. Durant cette période, une foule innombrable de victimes a fui, qui sa maison, qui son champ, qui son travail, pour se réfugier « ailleurs »… et ceci parfois plusieurs fois de suite en quelques années. Non seulement, les fugitifs ne possèdent plus rien, mais, durant ces exils répétés, ils sont exploités dans leur fragilité. Toutes les statistiques montrent que ce sont les femmes et les enfants qui sont les plus atteints, même si des hommes aussi en sont victimes.

Beaucoup sont soumis à de violences sexuelles, dans leurs déplacements comme dans leurs lieux de refuge. De nombreuses jeunes filles sont enlevées pour devenir des esclaves sexuelles des milices. Les habitants des villages et des quartiers, ainsi que les membres des communautés chrétiennes, qui se sont montrés accueillants, n’en ont souvent plus les moyens et ils se sentent menacés. Les réfugiés n’ont pas d’autre avenir que de s’agglutiner autour des villes essayant de survivre tant bien que mal.

Un espace d’Espérance

Sur le versant d’une colline, au flanc de la paroisse de Kadutu, à Bukavu, il existe un lieu où depuis de nombreuses années des jeunes filles retrouvent un sens à leur vie et des moyens pour se réinsérer dans la société. Le Centre Nyota-Maison du Partage a été créé en 1986 par les Sœurs Dorothée de Cemo. Il est reconnu par les œuvres sociales de l’archidiocèse et par l’Etat. Pillé pendant la guerre de 1996, il a été fermé et les sœurs l’ont quitté. Mais l’année suivante, il a été rouvert par une laïque congolaise mère de famille nombreuse qui y travaillait. Elle a été touchée par les jeunes filles qui y affluaient malgré la fermeture des locaux. Depuis lors, le centre continue ses activités et accueille chaque année en journée environ deux cent cinquante jeunes filles.

Eduquer pour rendre autonomes

Son objectif est d’accueillir, d’encadrer et de réinsérer des filles abandonnées, marginalisées et désœuvrées qui n’ont pu être scolarisées. Il y a des « filles de la rue », des filles récupérées de la prostitution, des mamans célibataires, des filles victimes de violences sexuelles ou qui ont pu fuir les milices où elles étaient exploitées, etc. L’âge varie entre 11 et 22 ans. La plupart restent chez un membre de leur famille élargie, les autres demeurent dans des foyers d’accueil. Un grand nombre de ces jeunes filles ont été traumatisées, soit au village lors des attaques des milices, soit dans des maisons de prostitution ou dans des camps. On constate qu’à la suite de la banalisation des violences sexuelles par des hommes en uniforme jouissant de l’impunité, celles-ci se sont répandues en ville également, jusque dans la société civile. On banalise le viol dans les quartiers pauvres où survivent les gens.

La formation s’étend sur 2-3 ans selon les besoins. Le centre assure une alphabétisation-conscientisation qui débouche sur un certificat d’études primaires (98 % de réussite l’an dernier) et une formation professionnelle (cuisine, coupe et couture, etc…) en vue de les réinsérer dans la vie normale. Il fournit aussi une éducation morale et spirituelle ainsi qu’une prévention contre les MST et une éducation à la sexualité positive. Il offre un micro-crédit à certaines d’entre elles qui ont terminé le cursus pour qu’elles jouissent d’une autonomie financière et ne retombent pas dans la rue ou la prostitution. Un soutien psychologique est offert en cas de besoin. Il emploie quatorze animateurs et enseignants qui vivent difficilement avec un petit salaire mensuel.

Un cadre de vie qui respecte la dignité


Progressivement, et grâce surtout à des aides apportées d’Europe, par exemple par le réseau Germes d’espérance [1] qui réunit mes amis personnels, les locaux ont été améliorés, renforcés (à la suite des séquelles d’un tremblement de terre), repeints et pourvus en matériel didactique. Mais ce n’était pas encore satisfaisant. La réfection de certains bâtiments et un assainissement étaient également nécessaires. Il fallait refaire les toilettes et la fosse septique. Sans oublier l’équipement scolaire, la construction d’une cuisine pour la formation à l’art culinaire, et la réhabilitation d’une salle de classe de couture. Grâce au soutien des Amis des Pères Blancs qui ont permis ces travaux, aujourd’hui, les conditions de travail et d’hygiène ont été grandement améliorées. Cela a représenté un grand progrès pour la formation.

C’était nécessaire pour que ces jeunes filles et jeunes femmes qui ont été tellement humiliées et blessées dans leur dignité vivent dans un cadre qui les aide à reconstruire la confiance et à se sentir respectées. La difficulté que nous rencontrons chaque année est d’assurer les frais de fonctionnement. Et des salaires décents On peut trouver de l’aide pour des constructions ou des équipements, mais comment pour les 14 salaires mensuels des encadrants [2] ? C’est ce réseau d’amis qui les assure pour le moment, mais il est difficile de persévérer dans la durée de cette façon, alors que les massacres et les milices se multiplient ces derniers mois un peu partout en RD Congo (après le Kasaï, le Nord Kivu et le Katanga, c’est au tour de l’Ituri d’être déstabilisé par des forces extérieures contrôlées d’en haut !) Les besoins ne cessent d’augmenter.

Tournées vers l’avenir

Lorsque des jeunes filles ont connu des situations humiliantes et surtout traumatisantes, il leur faut du temps et un accompagnement personnel pour vivre une résilience (c’est-à-dire rebondir après un traumatisme). Tant qu’elles ne retrouvent pas une identité sociale et une place dans leur milieu, elles n’arrivent pas à se reconstruire. C’est pourquoi, rien que de porter un uniforme et de se rendre chaque jour à l’école modifie profondément le regard que porte sur elles leur entourage, ainsi que leur propre perception, l’estime de soi. Le centre Nyota-Maison du Partage ne limite donc pas son activité à de la scolarisation, il contribue, grâce à une équipe très dévouée, à reconstruire en profondeur des jeunes filles qui seront demain des citoyennes à part entière et des chrétiennes engagées.

  P. Bernard Ugeux M.Afr.

[1Pour recevoir notre circulaire : germesdesperance@gmail.com . Pour plus d’information : www.semeursdesperance.blogspot.fr .

[2Il faut compter environ 20.000 euros par an pour le fonctionnement minimum de centre qui accueille chaque année 250 victimes. A cela s’ajoute entre 10.000 et 20.000 pour réintégrer les familles détruites par les violences et pour accompagner et réintégrer les jeunes filles qui ont été esclaves sexuelles.


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