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L A V I G E R I E . be
Alger

« Je veux vivre, et donner un autre sens à la vie »

Jan Heuft, pb.
samedi 12 juillet 2014 par Jan Heuft, Webmaster

Le cardinal Lavigerie a fondé en 1868 en Afrique du Nord les Sœurs Blanches et les Pères Blancs avec un objectif bien clair : la conversion des populations locales d’Afrique du Nord. Mais il s’est bien vite rendu compte que cette population musulmane, croyant en un même Dieu unique, ne s’en laissait pas conter facilement et il a été forcé d’admettre que le Seigneur ne se révélait pas seulement à travers le christianisme mais aussi par d’autres chemins comme l’Islam. D’une certaine manière il était bien en avance sur le 2e Concile du Vatican !

Il envoya donc ses Sœurs et ses Pères dans d’autres régions d’Afrique. Beaucoup y moururent très jeunes, de faim, de maladie ou même massacrés. Mais finalement ils se sont installés dans de nombreuses régions d’Afrique et ils ont largement contribué à la christianisation de ce continent.

L’Afrique du Nord n’était cependant pas abandonnée et de nombreuses communautés de Sœurs Blanches et de Pères Blancs furent fondées en Algérie et en Tunisie. Ces religieux se consacrent surtout aux œuvres caritatives comme hôpitaux et écoles mais ils vont aussi fonder à Tunis puis à Rome un Institut pour l’étude de la langue arabe et du berbère. Ces Sœurs et ces Pères deviennent ainsi de véritables spécialistes dans le rapprochement entre chrétiens et musulmans. Citons par exemple les Pères Demeerseman, Borrmans, Muller, Lanfry et Genevois.

Là où le clergé local s’occupait surtout de la population des colons européens, ces religieux préféraient, par leur humble présence, s’effacer et vivre discrètement au milieu de la population locale. C’est pourquoi, au moment de l’indépendance, une grande partie du clergé d’Algérie et de Tunisie a quitté la région pour suivre la population européenne à l’exception du célèbre archevêque d’Alger qui deviendra le Cardinal Duval et d’un prêtre, très connu lui aussi, le futur évêque, Mgr Scotto. Le cardinal avait déjà reçu, pendant la lutte pour l’indépendance, le surnom de Mohamed Duval !

Ce qui frappe en cette période c’est la « présence gratuite » de ces religieux parmi les musulmans uniquement pour témoigner de l’amour du Christ pour les hommes, sans avoir l’intention de convertir l’autre mais de marcher avec lui dans la recherche d’une relation meilleure et plus profonde avec Dieu, notre créateur à tous, en s’inspirant des deux révélations dans les livres saints, la Bible et le Coran. De remarquables pionniers dans cette voie furent, à cette époque, les évêques Teissier et Claverie (assassiné plus tard). Les trappistes assassinés ont aussi, des années durant, fait la même démarche : porter un témoignage concret de l’amour de Dieu pour les hommes à travers les œuvres de charité (un trappiste était médecin) et la prière (Fondation Ribat où les moines et les musulmans se rencontraient et échangeaient des idées.)

Les années d’intégrisme, de fondamentalisme, aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans, ont mis en danger cette voie de tolérance et de dialogue. Le conflit interminable entre Juifs et Palestiniens a aussi renforcé l’intégrisme musulman avec comme conséquence l’explosion de la violence au Moyen-Orient, en Afghanistan, Iran et Iraq. Mais il y a autre chose. Les média modernes, la meilleure instruction de la population, mais aussi la pauvreté et le manque de liberté d’expression ont mis en mouvement les peuples arabes vers des aspirations autres que celles d’il y a cent ans.

Finalement, les effroyables années 90, avec leur quantité énorme de morts en Algérie, ont poussé les gens à la recherche d’une autre « image de Dieu », vers d’autres « règles et valeurs religieuses » que celles de leurs parents ou grands parents. Cela pousse certains « esprits obstinés » à un retour vers la « religion primitive des arrières grands parents » ; pour d’autres c’est juste le contraire : cela les pousse vers un « allègement », une rénovation et un approfondissement en recherchant de nouvelles voies, d’autres manières de croire, d’être présent dans cette société. On pourrait dire que cette période a eu un effet « purificateur ». Parfois cela conduit à la conversion mais dans beaucoup de cas à la migration. Ce flot énorme de réfugiés et de migrants qui chaque jour se mettent en route vers un autre monde et qui frappent aussi à nos portes, fait partie de cette humanité à la recherche d’un autre idéal de vie.

Le temps des monarques absolus, oui même celui des papes ou princes inamovibles, est révolu. Une nouvelle manière d’être présent sur ce globe terrestre est commencée et va encore amener avec elle beaucoup de changements mais aussi des conflits, comme une tornade qui déplace tout, arrache et transforme. Mais n’est-ce pas là l’essentiel du message du Christ, le Libérateur, le Rénovateur ? N’a-t-il pas été crucifié parce qu’il voulait faire autrement « ce qu’on avait toujours fait ainsi » ?

Il est clair que le rôle futur des fidèles, prêtres, religieuses ou croyants quels qu’ils soient, sera différent. Cela vaut aussi pour les futures Sœurs Blanches et les futurs Pères Blancs. Cependant l’essentiel reste le même et ici je reviens sur ce que des milliers de musulmans proclamaient à voix haute à l’enterrement de mes confrères assassinés : « C’étaient des hommes de Dieu en qui nous avions pleine confiance ». Cela me fait penser à ce centurion romain qui témoignait sous la croix : « Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu ». Lors de la fondation des Sœurs Blanches et des Pères Blancs, le Cardinal Lavigerie avait aussi donné cette mission à ses disciples : « Soyez missionnaires, soyez un témoignage de l’amour de Dieu pour les hommes, ne soyez que cela  ». Pierre Claverie, l’évêque assassiné, l’a maintes fois souligné : « Notre rôle c’est d’être présent sur les lignes de fracture de la société. Etre présent là où nous avons le plus besoin les uns des autres, de quelque façon que ce soit.  ». Le nouvel évêque d’Oran, à la frontière avec le Maroc, l’a aussi très bien exprimé dans son allocution : «  Je veux vivre et donner aux autres un sens à leur vie  ».

N’est-ce pas là pour nous tous une merveilleuse pensée pleine d’inspiration ? Et alors je voudrais, avec un cœur en paix, terminer ce texte par les paroles de notre Pape François : «  Bona Sera  » (Bonsoir).

  Alger le 8 juillet 2014

Frère Jan Heuft, pb


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