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L A V I G E R I E . be

EXÉGÈSE ET NON-VIOLENCE (1)

vendredi 8 juillet 2011 par J.V.

"SI QUELQU’UN TE GIFLE SUR LA JOUE DROITE, tends-lui aussi l’autre (Mt. 5, 39b) [1]

« Cette page évangélique est considérée à juste titre comme la grande charte de la non-violence chrétienne, qui ne consiste pas à se résigner au mal – selon la fausse interprétation du « tendre l’autre joue » (cf. Luc 6,29) – mais à répondre au mal par le bien (cf. Romains 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l’injustice. On comprend alors que la non-violence pour les chrétiens n’est pas un simple comportement tactique, mais bien une façon d’être de la personne, l’attitude de qui est si convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance qu’il n’a pas peur d’affronter le mal avec les seules armes de l’amour et de la vérité. » [2]

"Pour comprendre ce texte, il faut bien se représenter la scène. Pour gifler du plat de la main la joue droite d’une personne en face de soi, il faut utiliser la main gauche. Or à l’époque de Jésus, la main gauche était réservée aux tâches sales. Par exemple, dans la communauté de Qumrân, faire des gestes de la main gauche provoquait l’exclusion de l’assemblée et une pénitence de 10 jours.

Pour frapper la joue droite de l’autre avec votre main droite, il faut donc utiliser le revers de la main. Or, le coup donné avec le revers n’était pas fait pour blesser mais pour humilier, dégrader. Il n’était pas adressé à un égal, mais seulement à un inférieur. Les maîtres frappaient ainsi leurs esclaves, les maris leurs femmes, les parents leurs enfants, les Romains les Juifs. Le but de cette gifle était de forcer quelqu’un qui sortait du rang à revenir à sa position sociale normale.

Quand il dit : “si quelqu’un te frappe...”, Jésus s’adresse à des gens habitués à être humiliés. Il leur dit : refusez désormais d’être traités ainsi. En tendant l’autre, vous rendez le geste de votre maître impossible à recommencer. Ainsi, tendre l’autre joue casse la spirale de la violence contre-violence. Devant le Grand Prêtre Hanne un des gardes gifle Jésus (Jn 18, 22-23). Jésus montre le sens qu’il donne à sa parole du Sermon sur la Montagne : il attaque la conscience du soldat en disant la vérité. Il n’est pas passif, mais il ne rend pas la violence reçue. Il la désamorce. Il garde son visage bon comme le Père céleste est bon (Mt 5, 45-48). Riposter par une violence symétrique, c’est prendre le visage de son agresseur et se laisser dicter sa conduite par lui !

La logique de Jésus consiste à être vainqueur du mal par le bien (Rm 12, 21). Tel est le sens du Sermon sur la Montagne et de sa mort sur la croix. Triompher de la haine par un amour débordant.

En présentant sa joue gauche, l’inférieur exprime ceci : je suis un être humain comme toi. Je refuse désormais d’être humilié. Dieu m’a créé. Je suis ton égal. Un tel défi n’est pas un moyen d’éviter les problèmes. Cette attitude de la joue tendue est une provocation et peut attirer sur son auteur la flagellation ou pire encore. Mais quand un grand nombre se met à se conduire ainsi, une révolution sociale est en marche.

L’habituelle interprétation est bien différente, celle qui voudrait que nous tendions l’autre joue pour que celui qui nous a frappés puisse simplement recommencer. Combien de fois cette interprétation a été donnée à des femmes et des enfants battus. Ce n’était pourtant pas ce que Jésus voulait dire. A de telles victimes, il conseillait au contraire : défends-toi, garde le contrôle de tes réponses, ne réponds pas à l’oppresseur avec ses moyens, mais trouve une nouvelle voie qui ne soit ni soumission ni représailles violentes." [3]


« Cette parole : “Tendre l’autre joue”, c’est essentiellement attaquer la conscience de celui qui manque de respect à l’homme ; c’est lui dire le respect que l’on doit à l’homme. C’est là la deuxième “claque”. Lorsque quelqu’un vient et vous fait une violence, ou une parole injuste, ou un mensonge et que vous lui dites la vérité ou que vous attaquez sa conscience en disant : “Si j’ai dit quelque chose de mal, montre-le moi ; si je n’ai rien fait de mal, pourquoi me frappes-tu ?” (Jn 18, 23), c’est alors que l’autre, ou bien se convertit, comprend, reçoit la lumière, ou bien ne se convertit pas et frappe à nouveau, devant cette vérité qui lui semble une agression. C’est là que la parole de Jésus est vraie : “Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive de la Vérité, le glaive de la Justice, le glaive de l’Amour”. » [4]

« Le masochisme, c’est présenter la même joue à celui qui frappe, pour qu’il recommence. La “sainteté”, c’est présenter une “autre” force à celui qui frappe pour qu’il s’éveille. » [5]

Note sur la main gauche

D’après feu notre confrère Guido Spengers, dans pratiquement tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, la main gauche n’est jamais utilisée pour toucher de la nourriture, pour saluer quelque’un ou pour lui présenter quelque objet. C’est la cas en Guinée, au Sénégal, au Mali, Burkina Faso, Togo, Côte d’Ivoire, Tchad… C’est également le cas au Congo, par exemple au Maniema et au Bushi.

En langue Jula les mots gauche ou droite n’existent même pas. On utilise des périphrases. Ainsi le mot ’gauche’ se dit : la main du nez (numa bolo) et le mot ’droite’ : la main du riz (kinim bolo), allusion à la main que l’on utilise pour se moucher sans mouchoir et à la main avec laquelle on mange. Dans le credo ’Jésus est assis à la droite du Père’, devient littéralement : Jésus est assis à la main du riz du Père.

Un exemple de la Somalie : « Nadat je je behoefte hebt gedaan gebruik je je linkerhand om jezelf met water te wassen, omdat we geen wc-papier hebben. Je wast jezelf met je linkerhand, en nooit met je rechterhand. De linkerhand is voor het wassen van je geslachtsdelen en je billen, en de rechterhand is voor eten, snijden, anderen aanraken en zo verder. » [6]

Enfin, nous les Ocidentaux, qui ne faisont pas (ou plus) attention à ces usages, nous n’en continuons pas moins à parler de « la belle main » – « het schoon handje » – quand nous éduquons les petits enfants aux règles de la politesse…

Jef Vleugels
 

[1TOB, traduction œcuménique 2010. La Bible de Jérusalem, édition 1998, traduit judicieusement : « Quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ».

[2Le pape Benoît XVI, le 18 février 2007, en commentant l’amour des ennemis en Luc 6,27.

[3La non-violence active une force au service de la paix. Parcours d’initiation pour Jeunes, M.I.R., 1995, fiche animateur 3.2, p.2-3.

[4Jean Goss, Evangile et luttes pour la paix, Les Bergers et les Mages, p. 32

[5Marie Balmary, cité in J-Y.Leloup, L’absurde et la grâce, Albin Michel, p.207

[6Uittreksel uit « Dochter van de woestijn » door Waris Dirie, Arena, 2001, blz. 127


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