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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°42 Breuklijnen

Décembre-December 2010
vendredi 31 décembre 2010 par J.V.

 PAS DE HARICOTS POUR NOËL

« Ils ont tué tout le monde, neuf personnes. Puis ils ont incendié le camion. Avec les morts dedans. Ils ont juste récupéré les haricots. » Je suis au Grand Nord des Kivus, pas loin de la frontière ougandaise.

Mon interlocuteur, animateur d’une ONG de développement local, me raconte un récit hallucinant. Nous sommes à quelques kilomètres du fin fonds du Parc de Virunga. Depuis les années 90, de grandes parties du parc sont contrôlées par des rebelles. Ici dans la région, pas loin de Butembo, ce sont les ADF-Nalu qui s’y sont installés. Au fur et à mesure, sous la pression du problème foncier, la population locale qui habite sur les collines autour du parc a commencé à cultiver différents céréales et légumes, dans une certaine cohabitation avec les rebelles ougandais. La communauté congolaise n’est jamais allée vivre dans le Parc, mais elle exploite les champs avec des va-et-vient réguliers.

Le 28 juin 2010, au début de l’Opération militaire Ruwenzori contre les ADF-Nalu, un bataillon de la 6e brigade des FARDC s’est déployé à Bulambo, à 30 km du parc, et les soldats ont tout de suite récolté les arachides, le maïs et le riz cultivés dans le parc. Ils les ont emportés, ainsi que les poules, les chèvres et les porcs que la population y élève. Le calendrier n’était pas un hasard. Les autorités, voulant éviter des problèmes avec des militaires non-payés lors de la célébration du Cinquantenaire, ont donné feu vert aux soldats de se payer eux-mêmes sur le dos de la population. Les pillages ont laissé la population sans réserves alimentaires ni argent.

Les soldats sont revenus début novembre, au moment de la récolte des haricots. Le Capitaine Jeancy Kasongo conduisait l’opération. Pendant que ses hommes continuaient la récolte-pillage, Kasongo est parti d’abord avec un premier lot de 24 sacs de haricots, de 100 kilos chacun. Quelques kilomètres plus loin, le camion est tombé dans une embuscade. Neuf personnes ont été tuées, dont le Capitaine. Tué par ses propres soldats, mécontents parce qu’il n’avait pas partagé suffisamment le butin des pillages précédents avec ses hommes. « Lui, il bouffe toujours tout seul », a-t-on entendu dire.

Pour brouiller les pistes autour de ce règlement de compte à l’intérieur de ses rangs, le bataillon a déployé une action contre les rebelles ADF-Nalu qui seraient coupables de l’assassinat du brave officier. Mais la population n’a pas été étonnée que cette action soit restée sans résultat. Elle savait très bien que les rebelles avaient quitté la région en anticipant l’Opération Ruwenzori.

Nous n’avons pas l’habitude d’évoquer des incidents individuels dans nos publications d’EurAc, mais je tenais à partager avec vous ce qu’un témoin courageux m’a raconté. Beaucoup d’éléments du drame congolais se retrouvent dans cette histoire : le problème foncier, la biodiversité menacée, les groupes armés étrangers, l’armée indisciplinée, les opérations militaires contre-productives et surtout la population martyrisée et abandonnée aux caprices de tous les rapaces qui s’imposent par les armes et qui n’hésitent même pas à s’entretuer pour avoir un plus grand morceau du butin.

Butembo, 5 décembre 2010
Kris Berwouts, Directeur EurAc
Editorial du n° 71 des Echos Grands Lacs
 

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