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L A V I G E R I E . be
LU POUR VOUS

Comment je suis redevenu chrétien.

Nuntiuncula N°662 Mai-Juin 2010
jeudi 1er juillet 2010 par Webmaster
Comment je suis redevenu chrétien

Jean-Claude GUILLEBAUD
 

Paris, Albin Michel, 2007, 196 pages.

ISBN : 9782226175076

Dans les milieux intellectuels et médiatiques, les chrétiens n’ont pas très bonne réputation. Souvent moqués et qualifiés de colporteurs de fables, ils ne font pas, dit-on, sérieux. Résultat : ils rasent les murs ou se replient dans un triste conservatisme identitaire et défensif.

Le renommé journaliste et essayiste français Jean-Claude Guillebaud, à qui l’on doit ces récentes et profondes enquêtes intellectuelles que sont La Refondation du monde, Le Goût de l’avenir et La Force de conviction, ne supporte plus « cette charge antichrétienne [qui] laisse souvent entrevoir une ignorance, une inculture vertigineuses qui la renvoient à sa propre misère ».

Dans une magnifique apologie du christianisme intitulée ’Comment je suis redevenu chrétien’, il raconte avec une sereine ferveur le parcours qui l’a ramené dans le giron de son ancienne croyance.

Après 20 ans de journalisme de terrain à titre de « préposé aux catastrophes » à travers le monde, Guillebaud a senti, dans les années 1980, que le monde tremblait sur son socle (mondialisation, révolutions numérique et génétique) et que l’heure était venue, pour lui, de passer de « l’effervescence de l’actualité » à « des réflexions plus « verticales » ». Il souhaitait réfléchir aux fondements de « nos sociétés emportées vers la grande « bifurcation » ». Il ne savait pas que ce qu’il allait découvrir le ramènerait au christianisme.

Dans un premier temps, ses recherches lui ont imposé une révélation : les sources de la modernité, des droits de l’homme et de la démocratie occidentale se trouvent « dans le biblique  ». L’Église-institution, il est vrai, fut souvent du mauvais côté des choses, mais cela n’entame en rien l’inspiration chrétienne des valeurs occidentales. Ni grec, ni bouddhiste, ni musulman, ni animiste, l’individualisme (primauté de la personne) est chrétien. Il en va de même de « l’aspiration égalitaire », aussi présente dans l’islam, cependant. Plus encore, les concepts d’universalité et de progrès appartiennent aussi à la référence biblique, et le monothéisme, avec l’idée d’un Dieu unique hors d’un monde désacralisé, « a aussi favorisé l’émergence de la science expérimentale ». À l’heure où ces valeurs sont menacées, n’y a-t-il pas une profonde bêtise à les défendre en ignorant ou en méprisant leur source ?

Cette révélation a poussé Guillebaud plus loin, c’est-à-dire au coeur du message chrétien. Et la découverte, là encore, a eu l’effet d’une illumination. Il a compris, écrit-il, que « le texte évangélique avait fendu en deux l’histoire du monde ». Reprenant la thèse de René Girard, il insiste sur la subversion évangélique qui renverse la perspective sacrificielle archaïque.

Ce que dit le Dieu en croix qui ressuscite, c’est que « le point de vue de la victime est désormais le seul qu’on puisse tenir ». Nietzsche, qui y voit une catastrophe, reconnaît toutefois l’importance historique du christianisme en en faisant le principal clou sur lequel s’abat son marteau.

Le Dieu redécouvert par Guillebaud est donc le Dieu faible de la kénose, celui « qui laisse l’homme aux prises avec sa propre liberté  », le Dieu de la théologie de la libération qui refuse le néolibéralisme sacrificiel. Aussi, que la foi se retrouve, aujourd’hui, « séculièrement désarmée » ne lui fait pas peur. Il y voit, au contraire, la chance d’un « rajeunissement du christianisme » renouant avec la logique minoritaire et protestataire des premiers chrétiens.

Partisan d’un christianisme de gauche, subversif, joyeux dans ses combats incarnés, Guillebaud avoue son malaise devant une Église souvent obsédée de morale et d’interdictions, mais il est trop intelligent pour se laisser aller à la mutinerie anti-institutionnelle.

« L’institution qui prend en charge la transmission de la croyance et l’apprentissage du croyant, écrit-il, est à la fois nécessaire et menaçante. » Nécessaire pour baliser la croyance et en préserver la substance ; menaçante par la tentation dogmatique et le penchant à la sclérose. « Nous avons besoin, précise-t-il, de l’institution mais il nous faut apprendre à résister à son autorité. »

Redevenu chrétien, Guillebaud ne professe pas la foi du charbonnier et avoue même ne pas être « très sûr d’avoir intimement la foi ». Ce qui, en revanche, ne fait pas de doute pour lui, c’est «  que le message évangélique garde une valeur fondatrice pour les hommes de ce temps. Y compris pour ceux qui ne croient pas en Dieu. » Il évoque « une fondamentale pertinence ».

Clair, lumineux même, sans ostentation mais sans gêne, cet essai à la fois sobre et brillant est un réconfort pour les chrétiens engagés, souvent blessés par les rieurs, et une leçon pour les modernes oublieux.

Compte rendu de Louis Cornellier
Le Devoir, 28 et 29 avril 2007

Livre recommandé par Herman Boon


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