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L A V I G E R I E . be
Deuxième Synode Spécial des Évêques pour l’Afrique

“le Projet Africain de la Réconciliation” :
le rôle des Instituts missionnaires

Paul Saa-Dade Ennin, sma.
samedi 6 février 2010 par J.V., Webmaster
Membre du Conseil Général de la SMA [1], Paul Saa-Dade Ennin participe régulièrement aux réflexions organisées par le SEDOS [2] dont il est membre actif. En vue de la Deuxième Assemblée Spéciale du Synode des évêques pour l’Afrique, il a livré ses réflexions sur le thème du Synode, dans un article qui a été publié dans le bulletin Sedos. Suite aux conclusions du Synode, il a revu son article : nous vous en proposons quelques extraits.

Supplément à « Lignes de Fractures N°32 »

- Introduction

Il y a presque quinze ans, se déroulait à Rome le Premier Synode des Évêques pour l’Afrique, dont les fruits ont été publiés dans l’exhortation apostolique post-synodale du Pape Jean-Paul II « Ecclesia in Africa » . Ce premier synode affronta plusieurs défis auxquels l’Église et le continent africains font face aujourd’hui : l’évangélisation, la famille, la justice et la paix, les media, les conflits et les guerres, l’écrasant fardeau de la dette et le trafic des armes, la corruption et la dictature, la jeunesse, les maladies et la situation des réfugiés etc. Cependant, on aurait pu, sans crainte d’être contredit, l’appeler « synode spécial sur l’Inculturation ». Les propositions de ce synode ouvrirent une vague de discussions sur la manière dont l’Évangile, le Verbe fait chair, peut s’incarner et devenir plus signifiant et plus pertinent pour les peuples de l’Afrique à travers une évangélisation inculturée. « L’Église-Famille de Dieu », un des fruits du synode, reste un des principaux thèmes de l’ecclésiologie en Afrique aujourd’hui.

Le Deuxième Synode Spécial des Évêques pour l’Afrique sur le thème “L’Église en Afrique au service de la réconciliation, la justice et la paix” vient de se tenir à Rome du 4 au 25 octobre 2009. Le Message final et Les Propositions du Synode sont actuellement disponibles. Dans l’attente de l’exhortation apostolique post-synodale du Saint Père, je voudrais partager avec vous mes réflexions sur la nécessité de la réconciliation en Afrique et sur le rôle que les Instituts missionnaires en Afrique peuvent jouer dans cette mission délicate, mais essentielle de l’Église. Je le ferai en tant qu’africain, membre d’un Institut missionnaire international.

- Pourquoi un Deuxième Synode pour l’Afrique ?

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- Le but du Synode

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- La Réconciliation, qu’est-ce que c’est ?

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- Réconcilier l’Afrique

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- La mission de réconciliation de l’Église en Afrique aujourd’hui

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- Le rôle des Instituts missionnaires dans le projet de la réconciliation en Afrique

Le synode en appelle à « une coopération plus grande et continue entre le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagacar (SECAM) et la Confédération des Conférences des Supérieurs Majeurs d’Afrique et de Madagascar (COMSAM) , et se réjouit de leur contribution valable à la vie et à la mission de l’Église en Afrique » . Les Instituts missionnaires en Afrique ont subi une grande transformation face à l’évolution des réalités dans l’Église d’Afrique. De pionniers et innovateurs aux débuts de l’entreprise missionnaire en Afrique, ils sont passés au statut d’auxiliaires et de collaborateurs en ces récentes années. En fait, ils ont même eu un moment d’auto-questionnement sur la pertinence de leur présence continuelle dans une Église africaine maintenant très indigénisée.

La continuelle présence des missionnaires (surtout étrangers) dans l’Église en Afrique est une question épineuse débattue dans les cercles africains, notamment par certains théologiens . Certains affirment que l’ère missionnaire est terminée, et que l’Église d’Afrique est capable de gérer ses propres affaires et d’assurer la tâche de l’évangélisation sans ces missionnaires, qu’il revient à l’Église locale d’inculturer dans un contexte africain les valeurs de l’évangile et de la libérer de l’influence européenne que les missionnaires avaient imposée aux Africains. Même certains missionnaires, surtout après Vatican II, ont pensé qu’on n’avait plus besoin d’eux et que leur rôle dans l’évangélisation de l’Afrique était vraiment fini. Dans certains cas, le désir de la hiérarchie indigène de donner un visage local à leur Église et de tout gérer eux-mêmes a donné l’impression que la présence des missionnaires était à la limite plutôt tolérée que désirée . Les temps ont changé et plusieurs Instituts missionnaires sont devenus eux-mêmes indigénisés. Ceci m’amène au premier point sur lequel les Instituts missionnaires, surtout les Instituts internationaux, doivent se pencher :

  • 1. Un changement de mentalité

Je crois qu’un changement radical de mentalité par la hiérarchie et le clergé local, ainsi que par les Instituts missionnaires internationaux eux-mêmes, est nécessaire. Ce changement porte sur l’idée que les Instituts missionnaires sont étrangers et ne font donc pas partie de l’Église locale. L’attitude de certains Instituts missionnaires internationaux a également contribué à créer une telle perception : l’idée qu’ils sont venus aider et partiront ensuite, même lorsque la plupart de ces instituts ont un nombre croissant de membres du lieu. Il faut donc faire comprendre à la hiérarchie locale que les Instituts missionnaires, qu’ils soient locaux ou internationaux, font partie de l’Église locale ; leur clergé forme un seul presbyterium avec le clergé diocésain et l’évêque ; leurs religieux ou religieuses et leurs collaborateurs laïcs forment, avec l’ensemble des frères et sœurs baptisés, une seule famille de Dieu. Par conséquent, tout le monde a le droit et le devoir de participer à la mission prophétique de l’Église, en particulier au ministère de la réconciliation.

À cet égard, il est important que les Instituts missionnaires se donnent un « visage local ». À ce stade du développement de l’Église en Afrique, il est impératif que les Instituts missionnaires conservent un nombre non négligeable de leurs membres africains dans leurs Églises locales d’origine afin de créer des liens avec ces Églises et leur faire comprendre qu’en dépit du charisme particulier des membres des Instituts missionnaires, ils font partie à part entière de l’Église locale. Ceci est vital pour toute contribution que ces instituts auraient à apporter à la délicate mission de l’Église locale, en particulier dans le domaine de la réconciliation, de la justice et de paix, où les émotions, la dignité et la fierté nationales sont en jeu, et où certaines personnes pourraient ne pas vouloir l’ingérence d’une instance étrangère.

  • 2. Créer des structures ecclésiales nécessaires à la réconciliation

Comme mentionné auparavant, pour qu’une vraie réconciliation ait lieu, il faut trouver des voies pour le dialogue et la communication entre les différents partis. L’Église doit créer un environnement favorable, une accoutumance, la palabre publique, ou “l’arbitrage des conflits” pour ce dialogue. Parmi les voies de la réconciliation, les Propositions du synode accordent une place de choix au sacrement de la réconciliation, à la célébration non sacramentaire et inculturée de la Réconciliation, au dialogue œcuménique et interreligieux, et prône l’institution de célébrations d’une journée spéciale, d’une année et d’un jubilé de la réconciliation . En plus de ces voies de réconciliation, il faut des structures de résolution de conflits, des observatoires, des groupes de pression pour faire face aux niveaux social et politique de la réconciliation.

L’Église en Afrique a certainement ses lacunes. Cependant, son impartialité, là où elle existe, est très appréciée : pour preuve, elle a été invitée à servir de médiatrice dans plusieurs processus de réconciliation nationale . L’Église ne doit pas attendre oisivement d’être invitée, car elle a le potentiel pour guider les chrétiens et les non-chrétiens sur cette voie de la réconciliation à travers ses différentes structures (locale, nationale, régionale et internationale) . Les Instituts missionnaires peuvent être très utiles à cet égard. La plupart de ces instituts ont une histoire plus longue que les Églises locales d’Afrique. Ils disposent également de l’expérience, des ressources humaines et matérielles qui pourraient bien servir à la mise en place et au renforcement des structures ecclésiales, pour cette mission de réconciliation.

  • 3. Former des agents de la réconciliation

Pour qu’il y ait une véritable réconciliation pour une justice et une paix durables sur le continent africain, il faudrait des personnes compétentes et qualifiées, engagées dans cette cause, et prêtes à « sacrifier leur vie pour leurs frères » (1 Jn, 3,16). Les Pères synodaux ont reconnu l’importance de la formation dans les domaines tels que le droit, les coutumes, la paix et le développement, l’éducation civique et électorale, la réconciliation et la bonne gouvernance, la conscientisation des citoyens dans les domaines de la gestion des conflits, les pratiques électorales, le contrôle de l’action du gouvernement, la défense des droits de l’homme à travers des programmes de formation de base qui visent à la mobilisation des masses à tous les niveaux . Par conséquent, il est nécessaire d’avoir des personnes engagées dans ce ministère à temps plein. Cela exige une formation spécialisée et des personnes ayant une telle expertise. De grandes possibilités s’offrent ainsi aux Instituts missionnaires pour qu’ils complètent et diversifient leur contribution aux Églises locales, et donnent ainsi d’une manière prophétique et radicale un témoignage de la richesse de leurs charismes à la fois à l’Église et à la Société

  • 4. Plaidoyer, constitution de réseaux entre les groupes locaux, régionaux et internationaux

Les causes des conflits, de l’injustice et de la pauvreté dans le monde globalisé d’aujourd’hui sont à chercher jusqu’au-delà des frontières nationales. Et comme l’indique l’Instrumentum laboris, « un développement du partenariat des laïcs entre les Églises des différents continents favoriserait l’échange d’experts dans les différents domaines touchant à la paix et à la justice, et ils pourraient collaborer au sein des instances internationales pour la cause de la justice et de la paix au nom de leur foi commune en Jésus, le Prince de la Paix » . Bien des Africains ordinaires ne connaissent pas le rôle et le travail des institutions et des organismes internationaux dans la construction d’un monde juste et équitable. En fait, dans l’esprit de beaucoup d’Africains, ces organisations font partie du problème. Cependant la vérité est que, sans la contribution nécessaire de ces organisations pour un changement de politique dans le fonctionnement de ces organismes internationaux, le « projet de la réconciliation en Afrique » sera purement un discours formel et un mirage, parce que les décisions prises dans ces instances internationales, principalement dans les pays développés de l’hémisphère nord ont un impact durable énorme et à long terme sur la vie de centaines de millions de personnes dans l’hémisphère sud, dont l’Afrique. C’est pourquoi le plaidoyer, le lobbying et la constitution des groupes de pression en réseaux sont des éléments essentiels à toute réconciliation véritable et à la paix durable sur le continent africain.

Faire pression est une stratégie qui demande la plus grande coopération possible entre les religieux et les groupes séculiers qui ont comme but commun la création d’un monde plus juste . Dans ce domaine, les Instituts religieux et missionnaires ont des expériences de valeur à partager avec les Églises locales d’Afrique. Des organisations telles que le Réseau Foi et Justice Afrique (AFJN) et le Réseau Foi et Justice Afrique Europe (AEFJN) sont spécialement conçues pour ce genre d’action commune de plaidoyer et de lobbying. Toutefois, il faudrait une plus grande collaboration et une dynamique interactive entre les organisations locales en Afrique et celles de l’hémisphère nord pour coordonner les efforts et mettre en relief certaines questions spécifiques . Le Synode fait bien d’inviter « avec insistance les Conférences Épiscopales à tous les niveaux à établir des organes de plaidoyer qui puissent influencer les membres des parlements, des gouvernements et des institutions internationales et permettre une contribution effective de l’Église à l’élaboration de lois justes et de politiques favorables au bien des populations » . Je souhaite vivement que se réalise la proposition du synode : « L’Église en Afrique demande à être présente dans les institutions nationales, régionales et continentales d’Afrique. Le Synode invite les Conférences Épiscopales à soutenir le Mécanisme Africain de l’Évaluation par les pairs (MAEP) du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) au sein de l’Union Africaine »

  • 5. Construire des ponts pour le dialogue et la réconciliation

C’est un fait évident que, dans plusieurs pays africains, les affinités ethniques et parfois religieuses sont les principaux axes autour desquels s’organise la politique. Elles ont conduit parfois malheureusement aux divisions et aux conflits qui ont dévasté bien des pays d’Afrique et causé tant de souffrances et de méfiance entre les communautés . La capacité à élaborer une politique de cohésion nationale qui amène les différents groupes à « accepter que les chefs des peuples aient à négocier les uns avec les autres comme représentants de leurs ethnicités et communautés tout en cherchant en même temps à élaborer des politiques qui rendent tous les groupes capables de trouver un intérêt à la collaboration et à la transaction » s’est avérée une tâche herculéenne pour de nombreux États africains.

Dans certains cas, des dirigeants de l’Église ont malheureusement erré : « Les divisions, ethniques ou tribales, régionales ou nationales, les attitudes xénophobes se constatent également dans certaines communautés ecclésiales, dans les attitudes et propos de certains pasteurs. Les réponses aux Lineamenta font en outre état de discorde entre certains évêques et leur presbyterium ; et à l’intérieur d’une même conférence épiscopale nationale s’infiltrent des prises de position de certains évêques en faveur d’un parti politique déterminé. Il s’ensuit, dans ces cas, que la conférence épiscopale ne peut plus parler d’une seule voix pour réclamer l’unité » . Les tendances de ce genre ont placé certaines Églises locales en position de faiblesse pour être ponts de liaison et agents de réconciliation. Les évêques s’engagent à « travailler dans l’unité pour donner à nos nations respectives le modèle d’une institution nationale juste et réconciliée » . Les Instituts missionnaires peuvent, en tant qu’observateurs, aider les évêques et les Églises locales lorsqu’ils s’éloignent de cet engagement ou s’opposent dans des disputes fractionnelles.

  • 6. Le témoignage de vie interculturelle, interethnique et internationale

La diversité multinationale, multiethnique et multiculturelle de nos communautés missionnaires peut offrir des modèles de communion et de cohésion pour bâtir des sociétés multiethniques en Afrique. La plupart des Instituts missionnaires ont maintenant des membres de groupes ethniques différents aussi bien que de nationalités différentes. S’il est vrai, il faut aussi le mentionner, que la vie n’est pas toujours facile dans certaines de ces communautés à cause d’une subtile discrimination basée sur la nation, la division nord-sud, la domination de certains groupes ethniques, cependant bon nombre de ces communautés offrent un vrai témoignage de vie multiethnique et multiculturelle. Faire effort pour maintenir la richesse de la vie interculturelle dans leurs communautés est un défi prophétique pour les Instituts missionnaires. C’est un message qui doit obliger l’Église diocésaine aussi bien que les communautés locales à l’universalité de l’amour de Dieu, les inviter sur ce chemin pratique du respect mutuel, de l’appréciation des différences culturelles et ethniques en société ; c’est une invitation à la coexistence pacifique, un témoignage à la joie et à l’enrichissement de vivre dans une société multiculturelle et multiethnique. Ainsi les instituts religieux et missionnaires deviendront vraiment « le sel de la terre et la lumière du monde » dans une société culturellement et ethniquement multicolore.

  • 7. Proclamer ce qui est bien en Afrique

L’Afrique est une terre d’une beauté immense, de plages sablonneuses, de plaines et de dunes reposantes, de forêts vierges et de multiples variétés de vie naturelle, de nombreux oiseaux et de spectaculaires papillons, de richesses culturelles et minérales, de gens capables de labeur et de grande ingéniosité, de grande humilité et d’endurance, qui tiennent profondément en estime l’ordre et l’intégrité personnelle, qui apprécient la paix et révèrent les artisans de paix, qui endurent les difficultés avec force, consentent beaucoup de sacrifices pour la solidarité de la famille, sont vraiment chaleureux par leur tempérament et leur amitié, sont étincelants d’humour et aiment la compagnie, ont un sens profond de la vie et de Dieu.

Malheureusement, l’Afrique est connue du monde extérieur en grande partie comme une terre de tragédies et de souffrances, de maladies et de famines, de victimes sans défenses qui ne méritent que pitié, une terre déchirée par des conflits et dirigée par des gouvernements corrompus et despotiques, une terre malheureusement devenue l’exemple stéréotype des « Media de ce qui ne va pas avec l’humanité ». « Les moyens médiatiques modernes tendent souvent à accentuer les mauvaises nouvelles et ainsi semblent se concentrer davantage sur nos infortunes et nos déboires plutôt que de relever l’effort positif qui s’accomplit » . L’industrie de l’aide, elle aussi, alimente les stéréotypes dépassés et négatifs d’Africains victimes sans défenses de guerres sans fins et de famines constantes" .

Il est vrai que les mauvaises nouvelles se répandent plus vite que les bonnes, mais « ce discours sur l’Afrique comme terre de désespoir, de victimes sans défenses est bien l’Afrique que les missionnaires et les religieux ont appris à connaître et à aimer » pendant de nombreuses années d’expérience et de travail dans et pour les communautés en Afrique. C’est alors un devoir moral pour les Instituts missionnaires de proclamer la Bonne Nouvelle en Afrique et une image positive d’elle à l’étranger, et de résister à la tentation de tomber dans la stratégie sensationnelle du marketing de « l’industrie de l’aide ». Comme tout autre continent, l’Afrique aussi a ses contradictions : elle a du bon, du mal et du vilain. Nous avons assez entendu le mal et le vilain. Il est temps de proclamer le bon !

- Conclusion : des opportunités pour une nouvelle Pentecôte !

...

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Projet Africain de la Réconciliation
Le rôle des Instituts missionnaires

[2Centre de Documentation et de Recherche, dont le siège est à Rome, sous l’égide des instituts missionnaires et autres, engagés dans la mission « Ad Gentes ».


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