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« Les chrétiens n’ont pas le monopole de la vérité »

TERTIO 28 novembre 2018
mardi 18 décembre 2018 par E. Bladt, Webmaster

Le père blanc belge assassiné, Charles Deckers (1924-1994), a été béatifié le 8 décembre avec 18 autres martyrs de Tizi Ouzou et Tibhirine en Algérie. Cette reconnaissance concerne d’abord et avant tout leur présence significative dans un contexte islamique. Le confrère de Charles Deckers, Eric Bladt (1938), peut encore raconter l’histoire. Il n’était pas à la maison ce jour fatidique du meurtre.

Il ne parait plus tout jeune, mais l’esprit d’Eric Bladt est étonnamment clair. Sa chambre témoigne de son grand amour pour le monde musulman dans lequel il a vécu 51 ans. Des tapis berbères noués à la main, une prière écrite en caractères arabes par Charles de Foucauld, un verset du Coran, des livres sur l’Islam et le Christianisme. Si Eric Bladt - après une double menace terroriste - ne s’était pas alors éloigné temporairement, il aurait été l’un des morts dans la cour de la maison. S’il ne partage pas cette mort prématurée avec ses frères assassinés, il partage d’autant plus leur spiritualité. Suivant l’exemple de leur fondateur et archevêque d’Alger Charles Lavigerie (1825-1892), ils proclamaient, comme église postcoloniale dans un environnement musulman, une image ouverte de l’homme, de Dieu et de l’Eglise.

Après l’indépendance des pays d’Afrique du Nord et le départ de milliers de colons, la petite église qui s’y trouvait - si elle voulait survivre - devait désormais être au service de son milieu de vie. Jeune missionnaire, Eric Bladt trouve aussitôt quelque chose qui lui plaît dans cette vision : « Le cardinal Léon-Etienne Duval (1903-1996), archevêque d’Alger, résume son apostolat en un mot : amitié. C’est ainsi que j’ai vécu ma vocation. Je ne suis jamais allé en Afrique du Nord pour convertir les gens, mais j’y suis allé pour mieux comprendre le message de l’évangile. Nous avons appris la langue et noué des amitiés étroites avec les fermiers et les ouvriers d’usine locaux, chez qui nous étions à la maison comme dans notre famille. Notre seul but était de rencontrer d’autres cultures pour découvrir un peu de vérité en elles. Les chrétiens n’ont pas le monopole de la vérité ».

Même pain

La mission comme amitié entre musulmans et chrétiens nous conduit directement à l’évangile, dit Eric Bladt. Il se souvient d’une situation révélatrice : J’ai rendu visite à une famille dans un bidonville de Tunis, et quand je suis parti pour me rendre chez chez des sœurs amies, la mère m’a donné trois beignets. « J’ai vu cela à la télévision, me dit-elle, quand vous priez, vous mangez du pain. Quand vous partagerez bientôt ce pain avec les sœurs, nous mangerons la même chose ici ». J’ai été étonné par la profondeur spirituelle de cette femme simple. Le soir même, nous avons partagé ce pain dans l’Eucharistie. Puis j’ai réalisé que je n’avais pas besoin d’amener Dieu ici, il était déjà là. Ma seule mission était de maintenir cette amitié le plus longtemps possible.

Folklore

Pour Eric Bladt et ses frères, « incarnation » est le mot clé de la spiritualité chrétienne dans le monde islamique. "La présence d’un Belge dans le bidonville de Tunis tombe dans un non-sens total sans Jésus Christ. Ce n’est qu’avec Lui que le sens surgit. Etre avec les gens et vivre comme eux, c’est l’incarnation. En Tunisie et en Algérie, je prêchais rarement, je mangeais du couscous avec les gens et je parlais de l’éducation de leurs enfants. Ce qui y était dit, je l’appelle évangélisation. L’église est la communauté des personnes qui sont présentes avec l’esprit de Jésus. Sinon, c’est du folklore.

L’image de Dieu d’Eric Bladt s’inscrit parfaitement dans cette attitude de présence aimante. Il s’inspire de Jean 4, 24 - « Dieu est Esprit » :
« Cet Esprit divin, je le connais par Jésus. Comme Jésus était, Dieu l’est aussi. Beaucoup parlent trop facilement de Dieu, comme s’il vivait à quelques rues d’ici. Mais Dieu est cet Esprit de paix, de justice, d’amour, de compréhension. Beaucoup de musulmans le comprennent. Lorsque notre bibliothèque universitaire de Tunis a brûlé, nous avons reçu l’aide du Président et de de nombreux organismes. Des voisines ont apporté du couscous pour les confrères, des étudiants ont restauré des livres. J’étais alors indubitablement dans la parabole du Bon Samaritain. Qui était couché dans le fossé ? L’église. Et les musulmans ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour sauver les activités de l’église. Ce n’est que lorsque nous acceptons les différences des uns et des autres que nous pouvons parler sur la religion. Celui qui rejette l’autre n’est pas prêt pour ce dialogue. Cela s’applique aussi bien aux chrétiens qu’aux musulmans. Ceux qui m’ont donné du pain pour l’Eucharistie et des livres restaurés représentent le vrai Islam, pas les extrémistes dont le Dieu est un monstre, loin du Dieu de paix et d’amour. »

Martyr

La béatification de ses frères, honorant leur martyre, doit être comprise sous un jour juste, dit Eric Bladt. « En Europe occidentale, on pense vite à la torture et à la souffrance physique. Il n’y avait rien de tel cet après-midi-là. Mes confrères ont été tués par une balle, sans torture. Il est plus logique de comprendre les martyrs dans leur sens grec de témoins : une manière d’être, de travailler et de parler. Ce n’est pas leur mort, mais la vie des pères qui était un signe de martyre-témoignage. Des dizaines de milliers d’Algériens ont également été assassinés durant ces années noires algériennes. »

  Eric Bladt
a été interviewé par Sylvie Walraevens

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