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L A V I G E R I E . be

La transmission de la foi qui libère et transforme

vendredi 5 octobre 2018 par Jan Heuft, Webmaster

Le Père Mauro ARMANINO, prêtre SMA au Niger est actuellement le responsable du CFC (Centre de Formation Chrétienne). Une partie de sa vie s’est déroulée en Afrique de l’Ouest « Côte d’ivoire, Libéria et Niger depuis 7 ans ». C’est un confrère du prêtre pris en otage au Niger
Le père Mauro est également anthropologue et, comme Responsable diocésain de la pastorale des migrants, un membre très actif de notre relais de retour volontaires des migrants subsahariens.

Jan Heuft, P.B. Rencontre et Développement

1- Le chrétien est un ‘otage’ de l’annonce du Règne de Dieu à la manière de Jésus

- Jésus Fils du Père et otage du Règne de Dieu, des souffrances et des espérances de son peuple (Lc 19, 41-45 ; Ph 2, 6-8).

La conscience de Jésus : être envoyé par le Père afin de raconter ce qu’il a vu et entendu auprès de Lui au monde. (Jn 17, 7). Sa nourriture, le sens de sa vie c’est d’annoncer que le Règne de Dieu est en lui désormais proche : l’appel à la conversion, au changement de cœur, de vision du monde, des valeurs. (Mc 1, 14-15). La volonté de son Père constitue l’horizon de sa vie. Il est marqué par les souffrances et les désarrois de son peuple, humilié, appauvri et écrasé par l’occupation romaine. Il vient pour libérer de tout mal (Lc 4,16-21)

- Le chrétien otage

  • de l’évangile du Règne de Dieu
    Gal 2, 20…Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi.., par le baptême le chrétien accepte de ‘mourir’ à la vielle réalité du monde de domination, esclave du mal et du mensonge, afin de vivre dans la dignité de fils/fille de Dieu. C’est une nouvelle réalité qui transforme la vison de la vie, de Dieu, des autres, des choses et de l’histoire (les événements). Le chrétien renonce à se faire maitre de lui, de choisir selon le monde du pouvoir et de se laisser changer par l’Esprit filial de Jésus qui le transforme.
  • de la Parole qui libère
    Il fait expérience que la Parole (Jésus) est une parole qui libère et donne vie. L’évangile ouvre à des nouveaux horizons tous ceux qui se trouvent esclaves des ténèbres et de la dureté de cœur.
  • des pauvres
    C’est à partir d’eux, avec eux (les représentants du Christ, selon Saint Vincent de Paul), que le chrétien découvre l’évangile d’une manière nouvelle.
  • dans l’engagement pour transformer le monde (relations humaines, institutions) à travers une action de non-violence active

2- Cela arrive de manière particulière dans et à travers l’Eglise

- la vision sociale de la personne qui se réalise seulement dans la communion avec l’autre

Seulement dans l’ouverture et la rencontre avec l’autre chacun trouve soi-même et son identité. La personne humaine est sociale/politique par sa nature, c’est dans la société que l’on apprend à devenir humains, surtout à travers la culture (langue, symboles, valeurs, croyances et rites…).

- l’Eglise peuple de Dieu, Famille de Dieu, Corps du Christ

De la même manière l’on ne saura devenir chrétien dans la solitude et l’individualisme. C’est dans une communauté que l’on apprend ce que signifie devenir chrétiens, disciples de Jésus. L’expérience chrétienne possède une dimension communautaire incontournable. C’est dans l’Eglise, l’assemblée des convoqués par Dieu, que l’évangile est connu, traduit selon le génie de chaque culture et amené à changer la vie. Le Concile Vatican II a souligné en particulier trois ‘figures’ de l’Eglise. Comme peuple de Dieu, sa Famille et le Corps du Christ. Chacun de ses modèles enrichit la vision de l’Eglise qui est avant tout mystère et sacrement pour le salut du monde. L’Eglise, tout comme le Christ est au service de l’avènement du Règne de Dieu. Elle est le signe et l’anticipation, tout en restant ouverte à l’action de l’Esprit en dehors de ses frontières.

- dans trois dimensions : la Parole écoutée, célébrée et annoncée dans le témoignage de la charité

L’Eglise est soumise à la Parole, elle n’est pas la propriétaire du Christ ou du Règne. L’exemple le plus fort de son identité demeure le geste de Jésus qui lave les pieds de ses disciples : l’Eglise servante, otage du service aux plus pauvres… (Jn 13, 12-15). Soumise, à l’écoute de la Parole, une Parole qui est célébrée et qui réalise ce qu’elle annonce, dans la liturgie, une Parole qui est annoncée et témoignée dans le monde dans la solidarité. Une Parole qui ne peut pas ne pas engendrer des conflits parce que le monde, avec ses mensonges réagit à la force de la vérité et la lumière. En même temps l’Eglise en sort ‘purifiée’, retournant à l’essentiel et laissant tomber tout pouvoir humain. ( Jn 15, 18-21)

3- …Mais ce que j’ai-je te le donne, au nom de Jésus lève-toi et marche : la transmission de la foi (Act 3, 1-10)

C’est dans un contexte de dialogue, c’est-à-dire de communication humaine, que le mystère de la foi arrive à se transmettre. Le principe de l’incarnation, centrale dans la vision chrétienne de la foi, se répète aussi au moment de la rendre actuelle dans l’autre. A partir de la fragilité de la parole, du langage, de l’action, que ‘la folie de l’évangile’ est mise à la portée de celui et celle qui veulent l’accueillir. L’expérience nous montre que bien souvient c’est celui qui se trouve dans un moment de vulnérabilité le plus ouvert à la réception du mystère de Dieu. Il y a moins de défenses et donc plus réceptifs à l’irruption de la nouveauté de Dieu dans la vie. Cela se passe de différentes manières et selon le contexte :

  • par imitation
  • par ‘contamination’
  • par le témoignage/martyre
  • par la contemplation (la prière, le silence, la présence)
  • par la ‘narration’ officielle de la tradition de l’Eglise (la catéchèse, la liturgie, les sacrements, la charité)

4- Les ‘lieux’ de la transmission de l’évangile et de ses valeurs

Le pape Benoit 16 le rappelait avec force : …au début de l’expérience chrétienne il n’y a pas une grande idée ou une grande doctrine…mais une personne, Jésus de Nazareth. Les évangiles que l’Eglise nous a transmis ne sont rien de plus (et rien de moins) que des rencontres personnelles avec Jésus qui bouleversent la vie de ceux et celles qui se laissent prendre, librement, en otage par Lui.

- Le premier lieu de rencontre pour les humains est la famille.
C’est le premier lieu de transmission de la vie humaine, relationnelle, culturelle et spirituelle. C’est en famille que l’on apprend le premier visage de Dieu, à formuler le mystère de la prière, à toucher de la main comment la foi se traduit en action, en comportement, en vie quotidienne. On pourrait dire que la famille est le premier sacrement, le sacrement de base de la vie chrétienne. Une famille en crise de foi, entendue comme banalisation de la foi, affectera sérieusement le cheminement de foi de l’enfant. (Lc 2, 48-52)

- La rencontre personnelle est cruciale. Entre autres c’est l’évangile de Jean qui souligne ce ‘lieu’ de transmission de la foi. (Jn 1, 35-46). A la base de la foi il y a l’étonnement d’avoir perçu que quelqu’un sait ‘lire’ et aimer notre vie, cela change tout. Tout programme pastoral ou stratégie n’est rien sans la dimension personnelle de la rencontre avec le Christ.

- La liturgie (Parole et Sacrements), est une initiation au mystère, la liturgie, action de grâce réalise ce qu’elle promet, en particulier dans l’Eucharistie, le bien le plus précieux de l’Eglise. Rien, aucune activité, selon le Vatican II ne peut aller au-delà de la célébration qui transforme la créature en lui donnant une dignité divine. La liturgie, la Parole, les Sacrements, les signes…tout parle et tout éduque à la foi. La liturgie est la foi célébrée et qui débouche dans l’engagement dans le monde.

- L’école d’inspiration chrétienne devrait être aussi au service de la transmission de la foi. Selon le contexte et les possibilités offertes, l’école propose une vision de la personne, de la société et de la vie qui constituent comme une préparation à la réception de l’évangile.

- Les moyens de communication aussi participent à la diffusion de la Bonne Nouvelle, dans la complexité et l’ambiguïté des moyens qui risquent bien souvent la manipulation. Le pape François avait défini le journaliste comme le ‘gardien de la nouvelle’, peut- être cela vaut pour chacun de ceux qui ont des responsabilités dans ce domaine. Nous pourrions associer la culture, l’art, le théâtre, le cinéma, la musique, la dance, et tout ce qui permet de rassembler, d’unir et de créer des liens, tout en véhiculant un message compatible avec les valeurs du Règne. Tout cela est un chantier ouvert à la créativité personnelle et de communautés.

- L’engagement dans le domaine de Justice, paix et intégrité de la création est un autre lieu de transmission de la foi, en effet cet engagement est partie intégrante de l’évangélisation. Egalement toute lutte pour la dignité de la personne et le respect des droits humains est un espace où peut retentir la bonne nouvelle qui contribue à la libération des opprimés.

5- Les conséquences de l’adhésion à la voie de l’évangile

- Une nouvelle vision de Dieu et son action dans l’histoire (le cantique de Marie, 1 Cor 1, 26-29), ces deux textes sont dangereux car ils prônent une vision alternative de l’histoire, une véritable ‘révolution’ mentale, de Dieu et de l’histoire humaine, depuis toujours sous le système de domination. C’est dans ce sens qu’il faut interpréter le ‘choix préférentiel de l’Eglise pour les pauvres, c’est la même logique que nous retrouvons dans le Vatican II.

- La lecture des ‘signes des temps’ est un devoir et une responsabilité pour toute communauté chrétienne et en particulier les agents pastoraux. En effet il s’agit de tenter de comprendre la manière dont Dieu agit aujourd’hui dans l’histoire et quels sont les messages qu’il veut nous donner à travers les événements. Pensons simplement, pour ce qui nous concerne au 16/17 janvier 2015, ou l’enlèvement du père Pierluigi.

- La communion fraternelle et le partage (Act 2, 42-47), constitue le ‘signe’ le plus éloquent de la nouveauté de l’Esprit qui transforme le monde et les relations humaines (R.M.).

- L’engagement dans la transformation du monde, n’est pas une option mais une mission que l’on ne saurait déléguer aux autres.

- L’inculturation de l’évangile qui transforme les cultures, comme le rappelait Paul 6 dans son beau document sur l’évangélisation, est une tache permanente et nécessaire afin de prendre au sérieux l’incarnation.

  Mauro Armanino, CFC,
Niamey, octobre 2018

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