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L A V I G E R I E . be
Nuntiuncula 652 Sept. - Oct. 2008

EN ROUTE POUR COMPOSTELLE - 2

(Jean-Michel Laurent est en route depuis le 15 août)
jeudi 30 octobre 2008 par J.V., Webmaster
    Ostrabat - Estella. 13-20 oct. 2008    

13 octobre.

Je profite de vous envoyer ce mot ce soir car le prochain message sera peut-être bien d’Espagne. Je suis arrivé à Ostabat, un petit village où il n’y aurait rien si ce n’était pour le pèlerinage. Demain nous avons une étape d’un bon 20 km. Il a plu la nuit dernière mais nous avons eu une bonne journée, du soleil brillant mais avec les lointains brumeux, ce qui fait que nous n’avons pas vu toutes les Pyrénées. Nous les avons vues la première fois il y a déjà 3 jours. Il a fait chaud et du bon soleil toute la journée.

Depuis plusieurs jours, le genou gauche me faisait des ennuis. Hier j’ai bien cru que j’allais devoir faire une pause mais hier soir, j’ai pris une pilule et aujourd’hui ça a été mieux. Il tonne au loin et nous aurons peut-être de la pluie ce soir ou cette nuit.

Depuis aujourd’hui nous sommes vraiment dans les contreforts des Pyrénées, pas encore très haut mais nous voyons des paysages de montagne. Nous avons grimpé un sommet de 300m d’altitude seulement mais il donne l’impression d’être à 1000 m.

L’autre jour, Roel était derrière nous. Une voiture s’est arrêtée et un homme lui a demandé en pleurant de prier pour lui et sa famille et lui a donné un repas froid à manger. Puis la voiture est repartie. Ce n’est pas la première fois que quelque chose de ce genre nous arrive. Pèlerins, nous devenons intercesseurs ou plutôt porteurs de messages pour Compostelle ou plutôt, je crois porteurs des messages vers Dieu.

17 octobre.

Journée de mercredi : Alain avec qui nous avons voyagé pendant près de trois semaines décide de ne pas passer les montagnes. Il rentre chez lui et compte bien terminer son pèlerinage l’an prochain. Dirk décide de rester une journée de plus à St Jean Pied-de-Port. Nous nous séparons donc.

Roel et moi décidons de faire route ensemble pour passer la frontière. Nous quittons le gîte alors qu’il fait encore presque nuit, vers 7.45. St Jean (la vieille ville) ne comprend qu’une rue que nous descendons. Dès la sortie de la ville, c’est la montée sur une petite route. Il fait bon, assez lourd. Je n’ai qu’une chemise à manches courtes. Les nuages sont bas, comme la veille où nous n’avons pas vu le soleil de toute la journée. La montée est raide. Il y a plusieurs pèlerins en route car depuis la veille, nous en avons rencontré plusieurs qui ont suivi la route du Puy-en-Velay. Il y a des jeunes, des vieux. Le soleil ne semble pas vouloir percer les nuages dont nous approchons au fur et à mesure que nous montons.

Je me demandais si le soleil allait percer cette masse nuageuse mais c’est l’inverse qui s’est passé. A un moment donné, nous avons commencé à entrevoir le soleil et c’est nous qui avons traversé la masse nuageuse. J’aimerais être poète pour arriver a décrire comme il le faut ce moment unique où nous nous sommes retrouvés au-dessus des nuages, avec les Pyrénées, les sommets émergeant de la mer blanche des nuages, un peu comme des navires en haute mer, la lumière douce d’un matin d’automne, les fonds un peu brumeux. Un jeune Coréen qui était devant nous s’est exclamé : « C’est comme l’Himalaya ! » sans doute un peu plus bas mais c’était superbe. Nous avons continué notre montée, petit a petit, d’abord dans les bois mêlés de pâturages, puis dans les pâturages de montagne. Il y avait quelques vaches, des moutons et quelques chevaux avec des cloches au cou ce que je n’avais jamais vu.

… Du côté espagnol, les Pyrénées sont recouvertes beaucoup plus par des forêts que par des pâturages comme du côté français. En hauteur les forêts étaient toute brunes ou noires même mais plus bas elles sont superbes avec des oranges, des rouges, du vert, encore des bruns. La marche dans ces forêts aux couleurs d’automne est superbe. A un moment donné nous marchions dans une couche de 20 cm de feuilles mortes. En partant, j’avais peur du froid et m’attendais a être frigorifié à 1400m d’altitude en octobre mais toute la journée a été superbe.

Nous sommes descendus vers Roncevaux et y avons passe la nuit dans un gîte qui peut contenir 200 personnes, une immense bâtisse en pierre dont les murs ont quelque 1000 ans. Nous étions une cinquantaine de pèlerins, le plus grand nombre depuis que je suis parti.

18 octobre.

Certaines personnes me demandent ce que je vis durant mon pèlerinage. Question difficile et fort personnelle aussi. En fait c’est un peu comme une retraite de 60 jours et au lieu de temps formels de prière où on est à la chapelle, ici on marche.

Cela n’empêche pas de regarder les merveilles de la nature, ni de converser parfois avec le compagnon s’il y en a un. Mais la marche vide l’esprit et pour finir, on se rend compte qu’en fait on n’est pas seul. Il y a un compagnon de route, même si souvent dans la vie de tous les jours on ne s’en rend pas compte, car on est trop occupé par mille choses fort souvent inutiles ou d’une utilité très limitée ! Certaines personnes se rendent très bien compte de ce compagnonnage et n’ont pas besoin de faire plus de mille km à pied, c’est vrai, mais certains sont plus doués que d’autres !

Pour ce qui est de mon genou, il s’est reposé un peu aujourd’hui, même si j’ ai quand même été visiter la ville de Pamplona et ai fait quelques km « extra ». Le confrère du Mali qui m’a très gentiment donné l’occasion d’employer son ordinateur m’avait proposé de partir visiter la ville vers 5 heures mais je trouvais cela trop tard et je suis parti plus tôt. Peine perdue car tout était fermé, cathédrale et églises comprises ! Il va falloir que je me fasse au style de vie des Espagnols qui est différent des Français ou des Belges. J’ai acheté une genouillère et la pharmacienne m’a aussi donné une pommade.

J’ai vu l’endroit où St Ignace est censé avoir eu la blessure qui a conduit à sa conversion. Certains ont besoin d’un boulet de canon, d’autres font un pèlerinage ! Pamplona est une vieille ville entourée de remparts dont une bonne partie survit mais tout autour, ce sont les banlieues, certaines toute neuves et construites de toute pièce, d’un bloc, mais avec une certaine recherche pour en faire des endroits à taille humaine. Nos confrères habitent tout à fait à l’ouest de la ville et à moins de 100m, le ville s’arrête brutalement et laisse place aux champs.

Demain je compte reprendre ma marche, partant vers Punte-la-Reina, à 30km d’ici. Je crois qu’il me reste encore un peu plus de 700 km à faire.

Un jour, encore en France, une dame noire faisait du jogging le long de la route et lorsqu’elle nous a passes, elle nous a dit : « Que Dieu vous bénisse »

Je vous en dis autant !

20 octobre.

De Pamplona, un confrère m’a accompagné portant mon sac pour les deux premiers km, puis je suis parti seul. En chemin, j’ ai rencontré une jeune Anglaise avec qui j’ai fait route un moment ; un peu plus loin, il y avait tout un groupe dans une auberge. J’ai dormi à Puente-la-Reina hier, et aujourd’hui je suis à Estella. Dirk voulait forcer l’allure et nous nous sommes séparés. Il va loger aujourd’hui dans un gîte 10 km plus loin. Je suis donc à nouveau seul pour le moment mais il y a pas mal de pèlerins encore, et beaucoup de jeunes à ma grande surprise.

Ce matin après un km, je me suis rendu compte que j’avais oublié ma carte et je suis retourné au gîte pour la chercher. Comme je sortais de la ville, on sonnait pour la messe et j’y ai donc été. Je n’ai quitté Punte-la-Reina que vers 9:30. Je voulais aller plus loin que Estella mais comme le gîte suivant est dans un bled, j’ai décidé de rester ici.
Mon genou a l’air de tenir le coup et ne me fait pas plus d’ennuis qu’auparavant.

Je compte aller loger chez les Soeurs Blanches à Logroño .

Jean-Michel
 
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Jean-Michel Laurent
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