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L A V I G E R I E . be
Tunisie

C’est dans la simplicité, que se noue le dialogue
dont notre monde a tant besoin

RELAIS P.B. MAGHREB N°27 – mai 2016
mercredi 8 juin 2016 par Webmaster

En haut de la Médina de Tunis, entre la « mosquée du vent » et la maison du leader nationaliste Habib Bourguiba, l’Ibla regarde passer le temps avec sagesse, telle une grande dame à qui la vie a appris l’humilité…

Lucie nous raconte comment le temps passé là-bas fait aussi son œuvre sur elle.

Jolie porte bleue au fond d’une impasse, l’entrée de ce lieu est à son image, belle et discrète. Ici, pas de grand bruit malgré une histoire hors du commun. On y préfère le chant des oiseaux qui nichent dans le jardin et le murmure des livres, qui content aux hommes la richesse de leur histoire. Bientôt s’ajouteront les rires et chuchotements des adolescents du quartier, lorsque la bibliothèque des jeunes rouvrira à l’automne prochain.

Institut des Belles-Lettres Arabes, ce nom qui sonne aujourd’hui pompeusement reflète pourtant bien l’ambition de ses fondateurs, les Missionnaires d’Afrique, plus connus sous le nom de Pères Blancs. Entretenez des relations d’amitié et de service entre Chrétiens et Musulmans, et ceci dans un grand respect pour la foi et la culture de l’autre, ordonna le Cardinal Lavigerie à ses missionnaires. Dans les années 1930, ils décidèrent ainsi de fonder un lieu d’études pour mieux connaître et promouvoir la culture tunisienne, dans tous ses aspects. Parmi les matières étudiées, la langue arabe et l’islam. Avec le temps, la partie de formation pour les religieux déménagea à Rome pour devenir l’Institut Pontifical des Études en Arabe et en Islamologie (PISAI). Mais le fonds de la bibliothèque est resté à Tunis où, depuis des décennies, il sert de source intellectuelle aux chercheurs universitaires.

Aujourd’hui, si les gandouras blanches ont été troquées contre jeans et chemises, les Pères Blancs ont gardé l’esprit d’engagement au service de la rencontre et du dialogue. Cet esprit qui leur a permis de nouer de profonds liens avec le peuple tunisien et de partager son destin, sans que leur présence ne soit jamais remise en question. Pays de tolérance consacrant la liberté de conscience dans sa Constitution, la Tunisie signa en 1964 avec le Vatican un Modus Vivendi qui définit le statut de l’Eglise Catholique et la dote d’une certaine autonomie. Bien que cet accord garantisse à l’Eglise la sécurité juridique et la liberté de culte, tout prosélytisme est interdit.

Ainsi, chez les Pères Blancs comme dans la plupart des communautés catholiques en Tunisie, la foi se pratique avec pudeur.

Dans un pays où près de 99% des habitants sont musulmans, l’IBLA étonne dans un premier temps, puis inspire respect et admiration. Le dramatique incendie qui l’a touché en 2010 en est la preuve :la vague de soutien qui s’en est suivi a montré aux Pères la justesse de leur action. Respecter, estimer et promouvoir gratuitement la culture de l’autre peut mener à l’appréciation mutuelle, à la construction de sociétés ouvertes et apaisées.

Jeune volontaire DCC, j’ai débarqué dans cet univers avec mon propre vécu, peuplé lui aussi d’expériences interculturelles et interreligieuses. Mon volontariat ici, au cœur de la médina de Tunis, m’amène à m’interroger, à relire mon vécu sous d’autres angles et à vivre les expériences présentes avec plus de profondeur… Pour comprendre que, loin des grands discours et des concepts nébuleux, le dialogue interreligieux est bel et bien notre quotidien, puisqu’avant tout fait de quotidien : salutations matinales avec les vendeurs du souk, discussions avec collègues, voisins et amis musulmans, invitations aux fêtes religieuses ou débats de comptoir sur le pourquoi du comment de ce monde et de nos différences… Bref, pas de formule magique ni de protocole, juste des êtres différents qui se rencontrent et échangent. Et c’est là, dans cette simplicité, que se noue le dialogue dont notre monde a tant besoin.

Puis à mesure que l’on vit avec l’autre et que l’on découvre l’immense richesse de nos différences, l’envie de creuser se fait plus évidente. Pour cela, la langue est un vecteur incontournable. En Tunisie se côtoient l’arabe tunisien, celui du quotidien, et l’arabe littéraire, qui est, dans ses variantes, la langue des médias et des discours officiels, mais aussi celle du Coran, c’est-à-dire de la révélation divine chez les musulmans. En étudiant ces deux arabes l’on accède ainsi aux diverses dimensions du peuple tunisien : culturelle, religieuse, politique… C’est cette découverte progressive qui permet, avec patience et longueur de temps, de mener plus loin le dialogue et de construire de solides ponts entre les cultures et les religions.

Pour cela, l’exemple des Pères Blancs m’éclaire sur la marche à suivre, sur la posture à adopter, entre curiosité bienveillante, respect et humilité. Car nous savons finalement bien peu de choses sur l’Islam et ces innombrables visages. Et pourtant, cette religion a tant à nous apprendre, aussi bien sur la richesse de l’humanité que sur nos propres identités.
  Lucie Jacquet,
Volontaire DCC à Ibla
Tunisie

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