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Algérie

La migration, un défi et une chance

RELAIS P.B. MAGHREB N°27 – mai 2016
mercredi 8 juin 2016 par Webmaster

Avant toute considération, il est essentiel de dire que, dans le cadre « Justice & Paix », nous ne considérons pas le monde migratoire venant de l’Afrique de l’Ouest, comme un problème à résoudre mais comme un défi et une chance où le migrant lui-même est le premier porteur de son destin. De par leur charisme et dans la ligne de leur tradition les « Pères Blancs » dans le sud de l’Algérie sont confrontés à deux défis majeurs par rapport aux migrants venus de l’Afrique de l’Ouest :
A) La mission « Justice & Paix »,
B) La pastorale de communautés ecclésiales.

A) La mission « Justice & Paix »

Comment mettre en œuvre notre mission « Justice & Paix » au-delà des œuvres de charité que toutes les bonnes volontés pratiquent déjà ? Comment mettre en œuvre notre mission « Justice & Paix » dans une Algérie qui n’a pas besoin de « bonnes volontés catholiques », majoritairement étrangères, et qui est plutôt soupçonneuse ?

Pour la charité de distribution, explorons la voie des Associations et ONG’s algériennes. Comment programmer l’exploration de ces Associations et l’insertion là-dedans ? Qui sont les confrères qui ont une expérience dans ce domaine ? Qui sont les Algériens qui pourront nous introduire là-dedans ? Pour le niveau plus proprement prophétique (conscientisation, empowerment, émancipation, formation, canalisations de communication, etc.) et étant donné que les migrants sont organisés en foyers autogérés (dits parfois ghettos), la première chose c’est de programmer des visites régulières de ces foyers-là. Les confrères qui se sentent appelés, pourront « adopter » un ou deux foyers et faire régulièrement la visite, puis en faire des échanges au niveau des conseils de communauté. Ces échanges seront à leurs tours producteurs d’idées et d’initiatives locales.

Les confrères originaires de l’Afrique de l’Ouest ou ayant une expérience dans cette région pourront aller plus loin encore en développant les moyens de communication avec les associations des droits de l’Homme et de la société civile chez eux. Ces confrères pourront aussi « adopter » une région entière d’où est issu tel groupe de migrants. La connaissance des langues (y compris l’anglais) peut être un atout sans être une condition sine-qua-non. Les confrères résidents en Algérie ont déjà l’expérience de la ‘’technique de communicativité’’ avec les autorités algériennes locales ou régionales.

B) La pastorale de communautés ecclésiales.

En tant que Pères Blancs, nous ne devons pas faire de l’aumônerie sacramentelle : cela, tout prêtre saura le faire. Notre mission consistera en la création de petites communautés de migrants, se déclarant chrétiens/catholiques. A nous de les aider à faire ce qu’ils peuvent faire à leur niveau et à créer les modules de formation nécessaires. Pour commencer la création de petites communautés ecclésiales, nous devrons faire un choix entre tous ceux qui se présentent comme chrétiens. Je prône que les Pères Blancs commencent par la mise en communauté ecclésiale des chrétiens originaires du Burkina Faso, de Guinée et du Mali.

Pourquoi ?

1) Les Pères Blancs ont une longue tradition d’accompagnement (avec catéchistes) de communautés ecclésiales de l’aire culturelle Burkina-Mali-Guinée. On pourra objecter que le nombre de chrétiens camerounais, nigérians, libériens et sierra-léonais est beaucoup plus élevé en Algérie. C’est vrai : ils savent trouver nos presbytères pour le paiement des ordonnances médicales, l’aide au retour au pays, les couvertures et autres mendicités !

2) On ne peut pas baser la création d’une communauté ecclésiale sur la mendicité. Les fidèles doivent cotiser pour financer la formation de leurs propres pasteurs et responsables et aménager les lieux de culte et de formation et de rencontre. Les Burkinabé/Guinéens/Maliens sont beaucoup plus invisibles parce qu’ils sont sous-développés au niveau de la mendicité auprès des presbytères ! Plus on sort de nos presbytères, plus on trouve des chrétiens ignorants de toute culture de mendicité.

3) Les migrants des pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest (je les nomme : les Côtiers) sont en général des personnes,

  • qui ne rêvent que de l’Europe : ils sont ici physiquement, tout en étant mentalement ailleurs. Sur une mentalité pareille on ne peut pas baser une communauté ecclésiale ;
  • qui ont un niveau éducationnel plus élevé que les Burkinabé, Guinéens, Maliens, etc. (je les nomme : les Sahéliens) ; ils savent s’exprimer en bon français ; ils savent prendre la parole et ils la gardent (les Sahéliens étant plus discrets et moins articulés) ;
  • beaucoup de Côtiers ont une culture anticléricale, tout en étant antimusulmans / anti-algériens/anti-français et anti-que-sais-je ;
  • plus que les Sahéliens, les Côtiers sont souvent plus superstitieux et imbibés de croyances occultes et de culture de loges ;
  • les Côtiers, surtout francophones, sont souvent des frustrés ; des échoués, dotés de verbe ; les Libériens et Sierra-Léonais, dans leur trentaine, ont souvent un passé violent de guerre civile et leur christianisme pentecôtiste rend l’accompagnement ecclésial plus difficile pour nous autres Pères Blancs qui avons reçu une certaine formation en œcuménisme mais pas du tout en relations avec l’évangélisme et le pentecôtisme ;
  • l’âge moyen des Côtiers est d’environ 10 ans plus élevé que l’âge moyen des Sahéliens ; les Sahéliens, adolescents ou jeunes adultes, sont en quête d’initiation.
  • Les Côtiers sont en fuite : leur démarche est négative ; ils sont en rêve et leurs rêves n’ont aucun rapport avec l’Algérie ;
  • les Côtiers ont une attitude méfiante et dépréciative de l’Algérie, de ses coutumes et de sa culture ; les Sahéliens ont une attitude de curiosité bienveillante envers l’Algérie ; ils veulent s’enrichir du meilleur de l’Algérie et ne refusent pas d’offrir à l’Algérie le meilleur d’eux-mêmes.

A mon avis : tout indique que dans l’Algérie, les Pères Blancs s’investissent dans la mission « Justice & Paix » des migrants venant de l’Afrique de l’Ouest. Tout indique aussi qu’ils se lancent prudemment dans l’œuvre d’édification de petites communautés de migrants chrétiens (en commençant par les Sahéliens), capables de se prendre en charge comme communauté de fidèles du Christ, tout en restant ancrées dans le tissu socio-culturel de leurs compatriotes, majoritairement musulmans.

  Johan Miltenburg, Père Blanc
Communauté de Ghardaïa, Algérie

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