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Lu pour vous

Présentation de « Repenser Dieu dans un monde sécularisé » de Jacques Musset

Pierre Bastin, M.Afr.
mercredi 27 avril 2016 par Pierre Bastin, Webmaster

 Révélation ? p.150 – 164

On dit souvent que Dieu parle, mais c’est bien l’homme qui parle au plus intime de lui-même. La « Parole de Dieu » est une parole humaine attribuée à Dieu. (153)

Dieu parle-t-il aux humains ? Il est certain que les hommes parlent et certaines de leurs paroles sont attribuées à Dieu. Ce qu’on appelle une parole de Dieu est une parole humaine attribuée à Dieu. (153) D’où vient-il que des paroles d’humains soient attribuées à Dieu et soient présentées comme « paroles de Dieu » ? Des hommes ont expérimenté le mûrissement de pensées qui émergeaient d’eux-mêmes et ont alors cru vrai de les attribuer à au-delà d‘eux-mêmes et à plus profond qu’eux-mêmes.

Revenons à la confection des écrits bibliques.

La Bible fait remonter le don de la révélation aux 10 paroles de Moïse au 13e siècle avant JC.

Aujourd’hui, on met sérieusement en doute l’historicité même d’une sortie d’Egypte et d’un exode au désert. Cependant ces anciennes affirmations ne sont pas tombées du ciel. Leurs auteurs ont très bien pu s’inspirer d’aventures vécues dans le passé de leurs ancêtres dans la famille d’Abraham ou de récits de pays voisins. Ainsi Moïse a probablement été pénétré des écrits babyloniens comme le code d’Hammourabi (18 siècles av. JC) qui ordonnait le respect des parents, la vénération des divinités, la répression du vol, du mensonge et du meurtre, etc.).

Dans la famille d’Abraham, ces vérités éthiques fondamentales ont été attribuées à Dieu. Au long de cette tradition orale, leur idée de Dieu s’est affinée. Des « prophètes » ont insisté sur le respect du prochain et le partage avec les pauvres comme d’une fidélité à Dieu. Ils ne ménageront pas les pouvoirs politiques des rois car le chemin vers Dieu passe par ce respect. Une tradition orale qui véhiculait ce trésor d’élévation humanitaire a été mise par écrit un peu avant 538 (le retour de l’exil de Babylone).

« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur exige de toi : rien d’autre que le respect du droit, la vigilance de la marche avec Dieu ... » Michée 6,8.

Le monde occidental a hérité de cette culture mais ne se réfère plus à une transcendance divine comme faisaient les gens de la Bible, pour s’autodiriger individuellement et socialement. On peut oublier la source lointaine de ces orientations sans nuire à la justice et à la paix. On peut s’y référer, évidemment même si ce n’est pas indispensable.

Vers le 13è siècle, on découvre que la grandeur de l’homme qui s’exprime dans le don de soi jusqu’à oublier ses propres intérêts, ne postule pas nécessairement une origine divine : athées et agnostiques, croyants religieux ou non comme les bouddhistes, peuvent vivre cette grandeur sans se référer à une divinité. Cette grandeur peut être partagée au-delà des différences de foi humaine ou religieuse. Elle peut même être un lien entre les humains. Ce qui relie les humains, c’est l’expérience de l’exigence intime qui sourd de leur profondeur. D’où vient alors que des religions se prétendent la source de toute grandeur humaine ? On imagine facilement que cette prétention donnait aux religions un pouvoir considérable.

Sans doute, les Eglises seraient bien inspirées, quand elles parlent de morale, de se rappeler comment sont nées ces lois fondamentales du comportement humain. Qu’on nomme « Dieu » ou non, l’exigence éthique demeure chez ceux qui souhaitent vivre avec droiture leur propre chemin avec autrui.

Marcel Légaut parlait dans ce sens : « Je ne crois pas à l’existence d’un donné révélé source de « certitudes absolues » ... qui s’imposeraient avec une autorité. Je suis convaincu, au contraire, de l’émergence au long des siècles de l’histoire, d’intuitions-mères « justes et fécondes qui portent au-delà de ce que des vues humaines peuvent atteindre sur l’homme et la société. »

Mais surtout l’intelligence de la vie humaine de Jésus est capitale pour les humains. Certains ont le privilège de pouvoir s’y référer. L’homme Jésus est allé jusqu’au bout de son humanité au point d’être devenu l’image de ce Dieu auquel il a correspondu totalement. Cette image peut s’ouvrir et se proposer à tous les humains ...

Prier pour un homme de la modernité (p. 167 – 180)

Comment prier, au sens le plus courant, lorsqu’on prend conscience de l’origine humaine de la « parole de Dieu » ? Comment formuler une prière de demande qui soit digne de « Dieu » et de l’homme ?

Si Dieu est présent au plus intime des êtres et fait en permanence « son travail » de Dieu qui est d’inspirer au plus secret des consciences, sans les téléguider, le goût et le désir du vrai, alors la seule prière de demande qui vaille, n’est plus de solliciter Dieu d’intervenir mais de nous prier nous-mêmes, personnellement et communautairement, d’être disponibles aux motions qui montent au plus intime de nous-mêmes.

  • « Mon cœur me dit : « Ne compte pas que le salut tombe du ciel.
    Prends-toi en main, tu as en toi au plus intime des capacités de réagir.
    Elles sont immenses et plus grandes que tu ne le penses.
    Tu te sens seul dans cet affrontement malgré des proches secourables.
    Personne, à la vérité, ne peut faire le travail qui te revient. »
    (Inspiré du psaume 7)

Et par exemple le « Notre Père » pourrait devenir :

« O réalité secrète enfouie en nos profondeurs,
Source inépuisable d’où naît le goût et le souci de vivre vrai.

Que nous soyons attentifs à ta présence discrète
sans cesse à l’œuvre en chacun de nous
Quel que soit le nom qu’on te donne.

Qu’à ton inspiration s’ouvrent largement les cœurs.

Que tes appels perçus au plus intime soit notre pain quotidien.

Que suscités inlassablement à la foi en nous-mêmes
nous croyions en notre prochain, en dépit de nos médiocrités
et de nos manques de fraternité.

Et qu’ainsi nous évitions autant que possible les impasses.

Que nous y étant fourvoyés, nous puisions en toi la force
de nous relever et de poursuivre le chemin. Amen ! »

Dieu et le destin de chaque humain (p.181-8)

Dieu a-t-il un projet, un dessein sur le monde et chacun des humains ? Des destins comme écrits d’avance et qu’il n’y a plus qu’à mettre en œuvre ? La route serait alors tracée ? Comme une manipulation divine !

Parler d’un projet de « Dieu » est un mensonge qui a permis souvent de servir, inconsciemment peut-être, des intérêts religieux. Un tel langage ne tient plus la route ...

Jésus n’est pas venu au monde avec un programme en poche déjà annoncé dans les Ecritures. Ce n’est qu’après coup qu’on a pu voir des anticipations « annoncées » par des prophètes. L’histoire individuelle et collective des humains est entièrement dans leurs mains. L’histoire d’Israël n’a pas été un long fleuve tranquille et l’aventure de Jésus n’a pas obéi à un scénario imposé de l’extérieur. Il s’est heurté à l’opposition farouche de la « nomenklatura » du Temple, il a cherché son chemin et sa mort fut le résultat de ses choix. Le disciple n’est pas dispensé d’inventer sa route.

Dieu ne prend pas nos affaires en main et ne planifie pas mais il se tient au cœur des êtres qui éveillent et réveillent le monde. Il ne fait rien d’autre que d’être un ami fidèle dont la seule présence est un encouragement, un motif d’espérer, de regarder la vie d’une certaine façon et de prendre foi en soi et en autrui. Devenir humain est une aventure qui n’est inscrite nulle part mais à inventer.

Doctrine du péché et culture moderne (p.188-204)

D’où vient la conviction ancrée si profondément dans bien des consciences chrétiennes que l’homme est pécheur par nature et inévitablement en état de culpabilité ? Comment concevoir un Dieu qui n’empiète pas sur la liberté de l’homme ? Un homme devrait-il céder une part de son autonomie à Dieu ? Longtemps on n’a pas pu sortir de cette apparente contradiction.

L’homme constate qu’il est capable de grandeur. Il peut faire l’hypothèse qu’il est inspiré secrètement, mystérieusement et respectueusement. Dans ce contexte, il lui est possible d’oser nommer Dieu au cœur de son activité personnelle. Il sait que l’aventure spirituelle n’est pas un long fleuve tranquille mais un chemin parfois tortueux qui se cherche.

Il n’a rien à voir avec un Dieu extérieur à l’homme ... imposant une loi dont les modalités sont définies par une Eglise. Il est comme une voix au plus intime de l’homme, infiniment respectueuse de sa liberté et de ses choix, comme une source vive où prennent naissance les exigences qui sourdent de sa conscience quand l’homme est présent à lui-même. « Dieu c’est le plus humain de l’homme ». Bellet.

Cet homme est attaché à sa liberté et se sent responsable de sa propre vie. C’est lui qui écrit sa propre histoire à travers brouillards et jours ensoleillés. Il n’est exempt ni d’erreurs ni de piétinements. Que devient alors le sens de culpabilité, de faute ...Surtout pas un soi-disant « péché originel »... Et alors de son père apaiser le courroux !!! (Minuit chrétiens ...)

Si la grandeur de l’homme est d’être à l’écoute des exigences intérieures qui le sollicitent à vivre vrai dans sa relation à autrui et à lui-même, ce n’est pas en s’accablant comme pécheur qu’il s’humanise mais en affinant sa lucidité sur ses pensées et ses actions, en endossant sans culpabilité la responsabilité de ses erreurs et en s’efforçant d’y remédier. Là sans doute il est en phase avec la voix intime qui l’appelle sans le contraindre. Est-il sain de lui imposer pour commence chaque messe de devoir « reconnaître que nous sommes pécheurs » ?

Croire en Dieu au sein des tragédies humaines (205)

Y a-t-il un Dieu après Auschwitz ? Comment est-il possible de croire en Dieu pour ceux qui sont confrontés à l’horreur extrême organisée et planifiée par des humains ? Elie Wiezel n’a pas pu garder une foi en Dieu après Auschwitz. Etty Hillesum y a approfondi sa foi. Et Bonhoeffer en conclut de devoir quitter les religions telles qu’elles sont devenues.

  • Dieu est soucieux : Le Dieu que nous trouvons au fond de notre humanité est un Dieu qui a le souci, dirait-on, d’un progrès. Il y est comme impliqué. Il a cessé de s’enclore en lui-même dès l’instant où il s’est compromis avec l’existence d’un monde et en acceptant que ce monde naisse. Dieu ne pèse pas sur les consciences et ne s’ingère pas dans les décisions. Hans Jonas conclut : « Il n’est pas possible de sortir indemne des camps où ont péri à cause de l’arbitraire des hommes des millions d’êtres humains. »
  • Dieu est souffrant
  • Dieu est en devenir : Il est affecté par ce qui se passe dans le monde : Il n’est pas tout-puissant.

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