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Lu pour vous

Présentation de « Repenser Dieu dans un monde sécularisé » de Jacques Musset

Pierre Bastin, M.Afr.
mercredi 27 avril 2016 par Pierre Bastin, Webmaster

 A l’Origine ...

Depuis les temps les plus reculés et à travers toutes les cultures, l’homme a essayé de conjurer son angoisse des espaces infinis en organisant les fragments d’information sur le modèle extérieur en un schéma unifié et cohérent. Les univers se sont ainsi succédés et la représentation du cosmos a pris des formes diverses à travers l’histoire.

Les religions ont ainsi pris naissance dans tous les peuples. Au cours des siècles le terme « Dieu – dieux », a été mis à toutes les sauces et au service de toutes les idéologies et des pouvoirs religieux ou autres.

Le mot Dieu n’a pas toujours été prononcé de la même façon. Il est une création des humains. Il a émergé de la conscience humaine pour désigner, dans leur quête de Sens, les phénomènes qui leur échappaient : la foudre, la sécheresse, la pluie, les inondations, les épidémies, les infirmités, la fécondité, les souffrances ... Dieu était, croyait-on, à l’origine de toutes ces réalités sur lesquelles les hommes n’avaient pas prise.

Avec le temps, on a trouvé d’autres explications grâce au progrès scientifique ou à la réflexion philosophique. Comme une naissance nouvelle dans les consciences, celles-ci ont voulu « affiner » les représentations de Dieu. Mais il a fallu pour cela des dizaines de siècles. (94)

La Tradition Biblique

Nous sommes nés au sein d’un immense mouvement qui a commencé par une tradition orale, celle qui a été attribuée à Abraham. Cette tradition orale s’est de mieux en mieux organisée et affinée. Au VIIe siècle avant notre ère, la famille d’Abraham pense que Dieu, grâce à l‘alliance du Sinaï, va toujours protéger son peuple, que la Palestine est sa terre, que Jérusalem est une ville sainte, inviolable, que le roi d’Israël est l’élu de Dieu ...

Tout s’écroule lorsque le roi de Babylone envahit leur pays et qu’une partie de sa population fut emmenée en exil. Mardouk le dieu de Babylone a vaincu le Dieu d’Israël ! Que signifient encore les convictions traditionnelles ?

Par contre, durant l’exil à Babylone, un immense travail de réflexion s’est opéré chez les déportés : la terre de Dieu, c’est l’univers et non plus la Palestine, leur Dieu national s’efface au bénéfice d’un Dieu du ciel et de la terre. Les textes anciens sont relus et remodelés. Le culte d’un Temple est moins important qu’une religion de partage avec les pauvres et les sans-droits.

Au cours de cet exil s’est développé une réflexion de base sur le passé d’Israël et les premiers fondements de la Bible ont alors pris forme : les livres de la Genèse furent attribués à Moïse, le courant du Deutéronome et de nombreux ouvrages dus à des Prophètes.

Les livres de Sagesse : Proverbes, Ecclésiaste, la Sagesse, etc. sont apparus plus tard sous l’influence de l’Hellénisme, la culture humaine envahissante à l’époque.

Et voilà qu’un homme de Nazareth ...

... né dans un judaïsme persécuté et souffrant, dénonce des côtés inhumains de la religion juive dans laquelle il avait été élevé ; il s’oppose à des manques d’humanité dans le culte du Temple, un rituel et une domination insupportables. Il donne une représentation de Dieu nettement plus affinée dans le sens humain. Une lecture attentive des Evangiles aide à comprendre ce Dieu de façon nouvelle. Ses apôtres ont suivi cet affinement en quittant le Temple, en supprimant les lois de circoncision et de pratiques alimentaires autrefois imposées, etc.

Une dérive ... Malheureusement, le mouvement qu’Il a lancé, a été, avec le temps, mis au service de l’Empire romain. Les responsables du christianisme ont trouvé la formule intéressante en raison des avantages qu’il procurait au bénéfice et de l’empire et d’une hiérarchie religieuse.

Vers les 16e-17e siècle, une « modernité » s’est progressivement imposée. Une emprise grandissante des sciences a transformé les esprits. Les religions ont insisté de plus en plus sur une fidélité plutôt que sur une créativité. Et en fait, dans la tradition chrétienne, la créativité s‘est tarie : doctrines figées, dogmes inévitables, prières liturgiques intouchables ... Au nom d’une foi authentique ces diverses rigidités ont voulu être imposées jusque par Jean-Paul II dans le Catéchisme Romain (1992).

La modernité

Tout un mouvement d’éloignement des convictions et des traditions chrétiennes s’est opéré. Que pouvait alors devenir la place d’une religion ? Une prétendue « Bonne Nouvelle » pour le monde devait être repensée en gardant les grandes valeurs prônées par Jésus-Christ. Et donc en particulier, comment alors penser et exprimer « Dieu » dans cette modernité ?

Aujourd’hui ! Plusieurs de ceux pour qui l’héritage chrétien garde sa valeur, sentent la nécessité de le réinterpréter. Ils ne peuvent plus adhérer à des affirmations et à des représentations de Dieu qui datent d’époques culturellement révolues. Sont en effet problématiques celles qui représentaient Dieu comme tout-puissant, omniscient, clé de voute du monde, maître de l’histoire, ayant un projet pour les sociétés et sur chaque vie humaine, révélant ses volontés aux hommes, notamment en s’incarnant parmi eux et en déléguant à certains la mission d’être les interprètes authentiques de ses desseins.

Y a-t-il une autre approche de Dieu qui soit crédible pour nous dans ce monde sécularisé ? Une approche qui s’enracine dans la manière d’inventer notre vie personnelle et sociale avec authenticité ? Est-il possible de pressentir le mystère de Dieu à partir du mystère de l’homme ? Et en quoi cette approche rejoint-elle celle de Jésus de Nazareth ?

Aller au cœur de ce que vivent les humains dans leur aventure d’humanisation quand ils essaient de conduire leur existence de débusquer les illusions et de s’ouvrir à autrui dans l’épaisseur de leur vie quotidienne. (p. 108)

Marcel Légaut affirme qu’au cœur du mystère humain existent des traces d’une action qui n’est pas que de l’homme et qu’on peut référer à « Dieu » sans se donner de Dieu une représentation bien définie comme on l’avait fait autrefois, souvent si puérilement. Il faut dès lors s’appliquer dans l’approfondissement de notre propre humanité. Ne sommes-nous pas invités à croire en la présence au plus intime de nous-même d’une réalité mystérieuse et indicible sans être condamnée au silence ? A partir de notre qualité d’homme, nous sommes invités à nous questionner.

« On ne voit pas la lumière mais les visages qu’elle éclaire ». (Sullivan).

  • Dieu s’accomplit à la mesure de l’accomplissement de l’homme !
    Une vision qui donne du sens à ce monde. Ce n’est pas comme une vision « surplombante » (à partir d’en-haut) mais partir de notre humanité. L’homme peut l’accueillir à travers ce qu’il est. L’homme tient ici un rôle à mesure de ce qu’il devient. Les hommes ne deviennent-ils pas responsables et partenaires de leur Dieu ? N’est-ce pas la manière dont le Christ s’est situé à l’égard de son Dieu ?
  • Le problème est de savoir si la vie a un sens !
    Il y a dans notre humanité quelque chose ( !) qui dépasse l’homme. « L’homme dépasse l’homme » disait Pascal. N’est-ce pas dans l’approfondissement de notre humanité qu’un Dieu se dessine ?
    Les représentations de Dieu sont toujours relatives : elles sont des créations à partir de nous. N’est-ce pas cette conviction, cette foi, qui nous fait grandir ? Il n’y a pas une révélation qui nous tomberait du ciel ! Mais il peut y avoir en notre humanité de quoi révéler à l’homme ce qui peut le faire grandir. Comment penser qu’il y aurait une « volonté de Dieu » ? Une volonté sur les individus, les sociétés ?

Quel était le Dieu de J-C ?

Jésus annonce son Dieu moins par des discours que par l’engagement total de sa vie, l’ensemble de multiples facettes, l’ensemble de ce qui fait vivre l’homme dans toutes ses dimensions. Il s’est compromis à ses risques et périls en luttant contre tous les obstacles qui s’y opposaient. Cela lui a valu une condamnation à mort. En regardant ce qu’il a fait et ce qu’il a dit au nom de son Dieu, par la façon dont il a misé sa vie on peut deviner le visage de son Dieu. (139) Il demeure pour des siècles le révélateur lumineux de son Dieu ...

Quelle était sa relation avec son Dieu ? Celle d’un homme enraciné dans le réel de l’existence afin de l’humaniser totalement et en même temps à l’écoute de la voix intime qui maintenait sa conscience en éveil et dont il était un écho fidèle.

Jésus n’a pas vécu toutes les expériences humaines par exemple il était célibataire, juif et non romain. La fidélité demande créativité, à deviner à chaque siècle de l’histoire et c’est bien une créativité dans l’esprit qui l’animait. Or l’Eglise a en fait figé une représentation de Jésus une fois pour toute. Et même en matière de liturgie : du vin et non une autre boisson, du pain et non à toute autre nourriture particulière à certains groupes humains. Il ne s’agit pas d’une simple imitation ou répétition ... La simple répétition est une impasse. Et nous efforcer de vivre d’un mouvement intérieur qui était le sien. Nous avons à créer une démarche et un langage mais selon son esprit.

La fidélité devient « imiter sa volonté de libération des humains » (p143), créer une démarche et un langage qui soient crédibles à nos contemporains. Vivre dans cet esprit n’est pas le monopole des chrétiens. D’autres inventent leur vie dans la vérité. Il était convaincu que ce serait bon pour eux qu’il s‘en aille pour qu’ainsi le Souffle en eux soit présent et inventif.

Les croyants les plus attentifs de l’époque (les docteurs de la loi ...) pensent qu’il faudrait pour cela, pratiquer les 613 commandements prévus à partir de la Thora.

Pour Jésus, ce royaume n’est pas à conquérir ni à mériter. Il advient comme un don et seule importe la disponibilité intérieure du cœur pour en devenir membre. « Il est au-dedans de nous ! » Il n’est pas pour demain (134) ... ni à conquérir par des armes.


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