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Tunisie

Présence d’Église aux côtés des blessés de l’attentat du Bardo

Flash du diocèse de Tunis, Nº Mai-Juin 2015
jeudi 11 juin 2015 par Marc Léonard, Mafr, Webmaster
Voici comment notre confrère Marc Léonard (infirmier de profession)
en tant qu’aumônier des hôpitaux de Tunis
a répondu aux besoins du moment.

Jeudi 19 avril, 10h.

« Allo, Père Marc ? Vous devez aller voir les blessés à l’hôpital, et prenez des mouchoirs, ils ont besoin de pleurer ! » Une brève conversation téléphonique, une injonction dite d’une voix marquée par l’épuisement et la détresse de la dame tunisienne qui n’avait plus dormi depuis l’attentat. Elle va passer à la bibliothèque en début d’après-midi pour me dresser un bilan général des victimes, réparties dans divers hôpitaux de Tunis. Entre-temps, j’ai rencontré Mgr Ilario qui faisait les démarches nécessaires pour pouvoir rencontrer les blessés. Il était prévu de nous retrouver après la fermeture de la bibliothèque pour y aller ensemble. A mon arrivée, il me demande de l’accompagner à son rendez-vous avec le ministre de la santé et le mufti. Une première visite formelle à l’hôpital Charles Nicolle, commencée par une rencontre sous l’œil inquisiteur des media omniprésents. Monsieur le ministre (dans l’image ci-dessous avec une victime) répond très favorablement à notre demande de venir revoir les blessés jusqu’à leur départ. Nous visitons très rapidement quelques patients, auxquels il n’y a pas eu trop besoin de se présenter, nos habits respectifs faisant l’évêque, le prêtre, le ministre et le mufti !

Le samedi après-midi, la sécurité me laisse effectivement passer sans problème et je commence par me rendre à la cellule de soutien pour me présenter comme prêtre catholique (en tenue de ville !) aux bénévoles de permanence et prendre des nouvelles. Une des psychiatres se propose pour me conduire auprès des blessés qui ne sont plus que six, de cinq nationalités différentes, dont une dame dans le service de soins intensifs, placée en coma artificiel et que je ne pourrai pas voir. Les vraies rencontres commencent alors, et dureront jusqu’au transfert, le samedi suivant, des deux dernières blessées vers un hôpital de leur pays. Catholiques, elles sont sensibles à une présence concrète de l’Église locale à leur côté. Les non-catholiques ont aussi apprécié qu’un prêtre puisse rester un peu plus longtemps avec eux que les autres visiteurs. Dans la matinée avait eu lieu une célébration eucharistique à la cathédrale à l’intention de toutes les victimes et pour le pays, en présence d’autorités tunisiennes et de représentations étrangères. Une communion dans la prière pour la paix qui n’a pas étonné les blessés auxquels je l’ai racontée.

Malgré l’accoutumance au milieu médical, à la rencontre quotidienne avec des personnes malades, le sens de toutes ces souffrances m’échappe, particulièrement lorsqu’elle est aussi absurde et inhumaine que dans ce cas-ci, des conséquences d’actes extrêmement violents causés par des hommes. La théologie n’aide pas. La liturgie n’a pas prévu ces situations : Il faut inventer imaginer, essayer de se laisser conduire humblement par l’Esprit. Les personnes guéries par Jésus étaient vraiment guéries, les évangiles ne nous parlent jamais de séquelles. Etre « serviteur de l’espérance », être capable de « justifier l’espoir qui est en nous » nécessite la conviction ferme que la Vie ne s’arrête pas avec la mort. Durant ces rencontres, la seule représentation du Christ dont je peux honnêtement me faire le témoin est celle de l’Emmanuel, Dieu avec nous, dans nos joies mais surtout dans nos souffrances. En cette fin de carême, la liturgie était en accord avec cette réalité de la souffrance des innocents.

Que dire à celui dont les jambes ont été traversées par quatre balles, sans toucher les os, et en passant juste à côté de la prothèse du genou et de l’artère fémorale ? Qu’il a eu de la chance ? Alors que son épouse a été assassinée à ses côtés ? Dieu vous aime ? Si ce n’est pas faux, c’est incompréhensible dans cette situation ! Le silence, l’écoute -la psychiatre m’avait demandé de les encourager à parler, à exprimer ce qu’ils avaient traversé. Mais je ne pouvais que leur offrir ma présence, aussi aimante que possible, facilitée par la grâce de Dieu (et peut-être l’un ou l’autre gène !), qui me permet d’être facilement accessible à l’autre et de me sentir rapidement proche de lui. Malgré les blessures et la souffrance, l’une des blessées qui ne pouvait toujours pas bouger une jambe, avait réussi à garder son humour. Elle répondait systématiquement à mes « à demain ! » par « je vous attendrai, je ne bougerai pas d’ici ! » Le lien créé, il est alors plus facile de prier, de formuler une demande personnalisée à Dieu qui résume aussi fidèlement que possible ce qui a été perceptible dans le cœur à cœur, puis de terminer par un Notre Père, cette belle prière que Jésus nous a demandé d’adresser au Père, qui élargit notre communion à celle de toute l’Église.

Une jeune dame blessée était déçue de ne pouvoir être transférée dans son pays que deux jours après son 25e anniversaire. Sœur Ania m’a accompagné le jour de l’anniversaire, avec un gâteau typique polonais ! La chambre avait été décorée, le ministre était déjà passé avec un gâteau lui aussi, et des photographes ... Nous avons célébré l’eucharistie à trois, dans sa langue, sauf les sections « réservées au prêtre » que j’ai dites en anglais. A sa compatriote qui souffrait de la barrière linguistique, je lui portai la communion et restai avec elle le temps nécessaire pour que Sœur Ania puisse lui faire sa première toilette complète depuis l’accident !

Si les blessés que j’ai vus étaient très satisfaits de la manière avec laquelle ils ont été pris en charge et soignés, il reste que certains aspects du nursing auraient pu être améliorés ! Et si je ne leur ai pas apporté de mouchoirs, j’espère avoir été suffisamment malléable à l’Esprit pour leur manifester un peu de Sa consolation à travers le ministère particulier qui m’a été conféré !

Les survivants de l’attentat sont maintenant tous rentrés dans leur pays, dans un autre hôpital pour certains d’entre eux. Au moment où vous lirez ces lignes, plusieurs seront encore hospitalisés, et tous souffriront encore au plus profond d’eux-mêmes, et seront marqués à vie par cette expérience. Ils ne font plus la une des medias, mais continuez à prier de temps en temps pour eux !

  P. Marc Léonard pb

(Tiré du Flash du diocèse de Tunis, Nº Mai-Juin 2015)


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