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L A V I G E R I E . be

L’Art de la Photo

Gust Beeckmans M.Afr.
mardi 12 mai 2015 par Webmaster

[gris]Ce texte a été préparé à l’occasion du 50ème anniversaire de « Photos Service » qui, de machine de production à ses débuts, est devenu un véritable trésor d’archives.

On m’avait en même temps demandé quelques conseils "pratiques", qui pourraient servir de guide élémentaire aux jeunes confrères.

Le texte est donc accompagné de quelques photos qui montrent un peu ce que j’essaie de dire.
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  Gust Beeckmans M.Afr.



[marron]PHOTOS SERVICE
1965 - 2015
[/marron]


[bleu marine]50 ans de photos
au service de la Mission.
[/bleu marine]


Moyen d’illustration ou outil d’information ?

Trop rarement on accorde la parole à la photo. Cela n’a jamais cessé de m’étonner. La plupart du temps on la regarde à peine. Le rédacteur exige qu’elle vienne conforter l’idée qu’il se fait à priori, au mépris de ce que le photographe a vu et découvert sur le terrain. Souvent on mutile l’image, on imprime des titres ou des commentaires à travers. “Je cherche une photo qui confirme ce que je dis !” La parole écrite prime ; la photo devient purement un moyen d’illustration. Il faut soulager un peu la densité du texte.., il faut aérer sa présentation......

Pourtant la photo est un outil d’information. Une bonne photo doit dire quelque chose au sujet de l’homme et de sa condition de vie. Elle se réalise en fonction du réel et non de la fiction. Informer par l’image c’est choisir le moment qui résume un événement, une situation, une émotion. Le photographe laisse de côté le superflu, pour se concentrer sur l’essentiel de sa découverte. Le déclic n’est que rarement le fruit du hasard. On ne fait pas du hasard une profession. L’esthétique, qui contribue à la réussite de l’information photographique, ne doit jamais compter avant tout. C’est d’ailleurs souvent après, lors du travail de chambre noire ou d’ordinateur, que le reporter découvre le meilleur cadrage qui va encore rehausser la valeur testimoniale de son cliché. Il n’invente pas ; le cliché ne s’invente pas !

La légende ment plus facilement. Le texte peut être malhonnête. Il peut arracher l’image de son milieu ou de son temps ; il peut la placer dans un contexte qui dévalue son témoignage. Combien souvent, en regardant sa photo dans une publication, le photographe s’indigne : ”Mais ça alors !”


Photo privée ou photo grand public.

Une multitude de photos n’intéressent que ceux qui y figurent. Et -parfois !- les membres de la famille. Il s’agit le plus souvent d’un portrait ou d’un groupe familial. Le genre est posé ; photo de passeport ou photo de groupe : petits devant, grands derrière, tous regardant la caméra, sans expression ou avec un sérieux d’enterrement... Le même phénomène se répète à une échelle sociale plus grande : une promotion scolaire, une équipe de foot, le jubilé du curé, une réunion d’anciens combattants, une assemblée générale, le PDG et son conseil d’administration... Tous ces documents représentent un souvenir personnel ou collectif, dont l’intérêt ne dépasse guère l’individu ou le groupe.

On les publie parfois dans la presse familiale ou corporative ou dans “L’Écho du coin.” Je ne connais pas de type de photo qui vieillit plus vite.
Nous avons tous, des boîtes ou des enveloppes pleines de ces “aide-mémoire” jaunissants ... de “rangées d’oignons” !

Par contre, il existe des portraits qui en disent long sur la condition humaine de la personne qui y figure. Il existe des photos de groupe, en action dans leur milieu naturel, qui expliquent mieux que de longs articles, les joies et les peines de toute une collectivité.

Ces photos apportent un témoignage à tout observateur attentif. Parce qu’elles montrent une situation, un milieu, une culture, un événement, une émotion ; bref, parce qu’elles offrent un résumé efficace ! Elles sont rédigées avec la caméra, et curieusement, ces images expressives ne vieillissent pas.

Même dans un milieu visuel qui explose, même en noir-et-blanc, une bonne photo garde sa force de provocation ; elle risque de faire réfléchir !


Le jeu de la lumière.

Peu nombreux sont les amateurs qui voient la lumière ! On leur a dit que pour réussir une photo, il faut se mettre le dos vers le soleil et placer le sujet en pleine lumière. C’est exactement ce qu’on devrait éviter à tout prix ! Prise de cette façon, la photo sera toujours plate et sans profondeur. Surtout quand on prend le cliché au milieu du jour dans une région équatoriale ou tropicale.

Évitons donc la violente lumière quasi verticale. Les meilleures photos se prennent tôt le matin ou tard dans l’après-midi. Ensuite on peut se servir d’une règle simple : arrangez-vous de telle façon que le soleil tombe droit sur votre épaule ; la gauche ou la droite, peu importe. Ainsi votre sujet aura des zones d’ombre et des zones de lumière. Ce sont les ombres qui donnent la profondeur à la photo.

Monastère des Bénédictines. Koubri. Burkina Faso

L’utilisation d’un flash pose un problème analogue. Les amateurs se servent le plus souvent d’un flash incorporé ou attaché à leur caméra. En cadrage horizontal surtout, le flash donne une lumière violente, plate, sans caractère. En cadrage vertical, il occasionne souvent de violentes ‘ombres chinoises’.

Quand il est impossible de se servir de la lumière ambiante, les ‘pros’ tenteront de la recréer par un flash détaché de leur appareil et tenu au moins un mètre à gauche ou à droite de leur objectif et plus haut que la caméra.
Si ce n’est pas possible, ils se serviront d’un flash indirect qui touche le sujet via le plafond ou via un diffuseur de lumière. Soit dit en passant, qu’avec le flash on limitera les problèmes en éloignant le sujet d’un fond trop clair.


Traduire des idées ou des notions.

Depuis tout un temps déjà, la photo abandonne de plus en plus l’instantané. L’énorme développement de la vidéo et des images numériques depuis les années 90 a eu pour conséquence que la bonne photo est devenue plus réfléchie, plus dénudée souvent. Au milieu d’une explosion visuelle sans précédent, la photo doit être drôlement bonne, surtout quand elle est en noir-et-blanc, pour encore attirer l’attention. Elle doit avant tout traduire une idée, une notion, une émotion.

La visualisation de notions abstraites : pauvreté, vieillesse, colère, tristesse, aussi bien que joie de vivre, sympathie, dévouement, etc... devient impossible quand le cadrage contient beaucoup d’informations descriptives. Il faut résolument éliminer toutes les distractions. Mieux vaut se concentrer sur un détail révélateur. Réduire donc, approcher, rechercher le détail suggestif ! La célèbre photo des mains de Mère Teresa de Calcutta est plus forte que son plus beau portrait. Les craquelures de ses doigts, les quelques grains de son chapelet en disent long sur sa personnalité. La légende ne doit plus expliquer : le texte dit simplement : Mère Teresa !

Les notions spirituelles sont les plus difficiles à traduire en images. Foi, fidélité, richesse intérieure, se visualisent toujours dans d’austères gros-plans. Moins il y a de l’information, plus il y a de chance que la photo capte un détail -par exemple deux doigts qui glissent une bague autour d’un autre doigt- qui suggère une conviction, une confiance, un amour. Alors, et alors seulement, la photo garde sa force suggestive, voire provocante. Ce n’est pas quand elle effraye, révulse ou stigmatise que l’image est la plus forte.... Laissons cela à la vidéo de “YouTube”.


La tradition P.B.

Il arrive assez souvent que, feuilletant nos collections photographiques, un visiteur non averti nous fait part de sa surprise. Jaillit alors la question classique : "En tant que missionnaires, comment en êtes-vous arrivés à vous lancer dans la photo ?" Ou bien, après un détour dans notre chambre noire ou devant nos grands écrans d’ordinateur : "Où avez-vous appris à faire tout cela ?" La réponse, classique elle aussi : "C’est une longue histoire..."

En effet, on ne peut oublier que le développement de la photographie est contemporain de l’élan missionnaire des temps modernes. Quoi de plus naturel, pour les équipes de nos “pionniers” qui s’embarquaient pour l’Afrique centrale, que de s’équiper d’une encombrante “caméra” en bois, de plaques de verre, de papier bible, de produits chimiques en flacons et du meilleur manuel de photographie de l’époque. De notre fondateur, le Cardinal Lavigerie, ils tenaient d’ailleurs de minutieuses instructions sur le devoir d’observation, d’annotation et d’étude... et il insistait que ses missionnaires le tiennent au courant ! En témoignent les antiques albums que le Cardinal dédicaçait aux élèves de St. Eugène.

Il n’est donc pas étonnant que certains parmi nous aient pris goût à la photo et développé un honnête savoir-faire en la matière. Même les plus anciens clichés, obtenus dans des circonstances techniques quasi-impossibles, apportent encore un témoignage d’humanité. On y trouve le quotidien en direct, le vécu sans mise en scène.

Nous sommes héritiers d’une respectable tradition. Les meilleures photos traduisent une profonde admiration et un grand respect. Très souvent, on y ressent la complicité du photographe, voire sa tendresse ou son émotion


L’époque numérique.

Aujourd’hui nous vivons dans le monde virtuel des images. À tel point que si on n’est pas à l’écran, on n’existe plus. Des millions de photos numériques sont prises chaque jour par des caméras de poche ou des téléphones portables. La qualité et la définition, ainsi que la capacité de durer en sont les premières victimes. La carte mémoire de ces appareils contient le plus souvent des images en format JPG.

Dans le meilleur des cas, cela suffit tout juste pour imprimer une photo plus ou moins acceptable en format carte postale. Aussitôt que la mémoire est remplie, on l’efface pour recommencer une autre série. Si le contenu de la mémoire n’a pas été soigneusement copié sur un disque dur, les images sont perdues. Si, par la suite, on veut les envoyer par courriel ou les afficher sur un “site-internet”, la définition d’origine sera souvent encore réduite.

Ces photos (ainsi que les autres documents ou textes, d’ailleurs !) apparaissent et disparaissent donc à un rythme effréné.

Admettons que l’on fasse une épreuve imprimée à partir des données numériques d’origine, (sans compression, en TIFF de préférence) se pose le problème de la synchronisation des appareils et l’authenticité des couleurs. Et l’épreuve imprimée perdra son éclat dans un an, peut-être moins, si l’on ne surveille pas de près les conditions de conservation. Bref, en dépit des promesses des constructeurs, les photos numériques (ainsi que les autres documents) restent un casse-tête pour les archivistes.

 
Veillée Pascale
Monastère Cistercien – Parakou - Bénin

Si on ne fait pas attention, notre époque n’aura plus rien à montrer aux générations qui suivent. Même les données d’origine, gravées sur CD ou DVD, ou stockées sur “Solid state flash memory” ... ont une vie assez limitée. Ne serait-ce pas une honte, si les rares images du début de la société des Pères Blancs étaient encore visibles, alors que les milliers de photos de nos jours, auraient disparus d’ici trois ou quatre ans ?

  Mars 2015

Gust Beeckmans M.Afr.

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