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L A V I G E R I E . be
BURUNDI

Il n’y a pas que la politique

Band 4/4 - 2014
mardi 30 décembre 2014 par W. Trypsteen, M.Afr. , Webmaster

A la veille des élections de 2015, les yeux sont tournés vers ce pays aux mille et une collines. Depuis l’étranger, c’est comme si ce n’est que la politique qui préoccupe tous ses habitants. Des media rapportent des regains de tensions sociales à cause du verrouillage de l’espace politique. Divers groupes de jeunes incontrôlés commettent des violences.

Le Président actuel aurait l’intention de briguer un troisième mandat. Des menaces pèseraient fort sur la démocratie. Mais, la vie de madame et monsieur tout le monde a d’autres facettes.

Monsieur Frédéric Bizindavyi, chef d’Antenne AGAKURA (Jeunesse Providence) à Rwesero, nous brosse un tableau de la vie quotidienne. Il esquisse des actions de la population, ses problèmes, son espoir (août 2014). AGAKURA en coopération avec la FONCABA, s’implique dans une dynamique de transformation de la vie des jeunes couples paysans. A la ferme-école, des jeunes couples reçoivent des formations d’agriculture agro-écologique et de fabrication de briques de terre compressée en vue des habitations en matériaux semi-durables.

LA PROBLÉMATIQUE DE L’EMPLOI

L’exode rural frappe surtout des jeunes à la recherche du travail qui quittent les collines vers les villes des provinces ou la capitale. Il y en a de plus en plus qui sombrent dans la délinquance pour survivre. En villes, le chômage devient un phénomène. Les jeunes sans emplois âgés entre 18 et 24 ans sont trois fois plus élevés que les plus âgés de 25 ans. Il y a parmi eux des lauréats des écoles secondaires et des universitaires.

Il n’existe pas de vision globale sur la problématique de l’emploi. Comme le décrit le CSLPII (Cadre Stratégique de Croissance et de Lutte Contre la Pauvreté Deuxième Génération], la situation actuelle est caractérisée par l’absence d’une politique nationale en matière d’emploi et une mauvaise connaissance du marché de travail.

Il existe un problème de gouvernance dans la gestion des opportunités d’emploi. La formation n’est pas adaptée à l’emploi. Les structures d’encadrement à l’auto-emploi sont insuffisantes. Des créneaux porteurs d’emploi sont faiblement diversifiés et les emplois sont précaires.

L’AGRICULTURE FAMILIALE EN DANGER

Des briques remplacent les terrains de culture
  L’agriculture contribue significativement à la richesse nationale. Mais, le revenu agricole ne permet pas à la majorité de la population de gagner suffisamment pour couvrir les besoins de base. En milieu rural comme dans les centres urbains, la pauvreté est devenue un phénomène récurrent. La mendicité y fait fureur.

Les centres urbains en extension continuent d’occuper les terrains de culture au détriment de l’agriculture familiale. Les paysans sont obligés de céder leurs terrains aux riches qui construisent d’autres infrastructures et des maisons d’habitation. C’est ainsi par exemple qu’autour de la ville de Bujumbura, les quartiers de Carama, Kibenga, Kajaga, Buterere, Kiyange et Maramvya, jadis occupés par des riziculteurs sont cédés aux riches. Ailleurs, on voit des nouveaux quartiers d’extension de la ville. C’est le cas à Ngozi avec le quartier Kinyami ; à Gitega avec les quartiers Bwoga, Karera, Mushasha, Nyabiharage, Nyabisindu, Nyabututsi, Rutegama, Shatanya et Zege, occupés jadis par les cultures vivrières (bananes, maïs, haricots, petits pois, patate douce, manioc, etc.)

Par ailleurs depuis deux ans, l’état a pris une mesure de subvention des engrais chimiques aux ménages. La propagande était faite via les media. Mais compte tenu des expériences de dégradation des sols par ignorance des dosages des engrais chimiques sur les terrains, certaines ONG sensibilisent la population sur l’importance de la fumure organique de fertilisation des sols

DE L’ARGENT ENCORE ...

Il n’y a presque plus de service public gratuit. Tout se monnaye, même l’accueil d’un rendez-vous. Avoir de l’argent et beaucoup d’argent, est devenu une hantise de beaucoup de fonctionnaires, du plus petit au plus grand. Chez les commerçants et les artisans des centres urbains, les prix sont fixés à la tête du client ! C’est frappant ! Par contre, la masse paysanne ne semble pas mesurer la valeur de l’argent. Elle travaille et vend ses récoltes à des prix disproportionnés comparativement aux tarifs des produits manufacturés.

L’ACCÈS À LA SANTÉ DE TOUS

Sur le plan sanitaire, le Burundi dispose d’une Politique Nationale de Santé (2005-2015], d’un Plan National de Développement Sanitaire deuxième génération (PNDS Il) couvrant la période de 2011 à 2015. Dans le cadre de leur mise œuvre, il a adopté et mis en œuvre une série de réformes dont la décentralisation du système de santé avec une mise en place des Districts Sanitaires, le financement basé sur la performance(FBP) et depuis mai 2012, l’introduction de la carte d’assistance maladie (CAM). Le Burundi avait promulgué la politique nationale de protection sociale (PNPS) depuis avril 2011, qui préconise les mutuelles de santé comme stratégie durable d’assurance maladie universelle. La CAM vient donc de s’y inscrire en faux. Mais lors de la mise en place de la commission nationale de protection sociale (CNPS) en avril 2013, le Président de la République a, dans son discours, encouragé le développement des mutuelles de santé communautaires et a demandé aux administratifs de s’impliquer pour faciliter l’élargissement du taux de couverture national.

LA GRATUITÉ DE L’ÉDUCATION À LA BASE

Au moins une école primaire est construite sur chaque colline pour accueillir-tous les enfants. La scolarisation des enfants est formellement gratuite. Néanmoins les parents doivent payer les frais pour la construction des locaux, les soins de santé et l’habillement de leurs enfants. Il y a deux ans, une réforme donnant lieu à l’accès à l’école secondaire a été adoptée : une école fondamentale qui part de la 7e année à la 9e . De ce fait, le concours national qui était jadis donné aux élèves de la 6e année primaire aura lieu en 9e année pour permettre aux lauréats d’entrer à l’école secondaire. La qualité de l’enseignement se perd de plus en plus . Avec l’entrée du Burundi dans l’Est African Community, les élèves du primaire ne sont pas capables d’assimiler la matière avec l’introduction de multiples langues (le Swahili et l’Anglais) dans le programme de formation.

LES RAFALES DU VILLAGE PLANÉTAIRE

L’ouverture sur le monde par les images de télévision et de l’internet n’apporte pas que des bonnes manières chez des jeunes filles et garçons. La délinquance et la pratique du libertinage inquiètent les parents. De plus en plus de jeunes fuient leurs familles et préfèrent errer dans les rues et boire dans les bistrots. D’autres se rassemblent dans des maisons de cinéma et les boîtes de nuits. On signale aussi des cas de violences sexuelles dans quelques communes. La police essaie de juguler cette situation, parfois complexe.

Il est à noter le rôle appréciable des ONGs qui accompagnent les femmes et jeunes filles victimes pour les prévenir des risques de contamination par les maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées. Le gouvernement a aussi pris des mesures pour appuyer les parents dans l’éducation de leurs adolescent(e)s, notamment en interdisant aux moins de 18 ans de fréquenter seuls les bistrots. Ils doivent être accompagnés par leurs parents.

L’ÉLECTRICITÉ UN DÉFI DE TAILLE

Le Burundi dispose de peu de chambres froides de stockage et d’unités de transformation des produits agricoles. De ce fait, il y a des pertes importantes des produits frais, facilement périssables comme les tomates, les fruits, les légumes, du poisson, etc. Quelques initiatives d’installation d’unités de transformation alimentaires viennent de voir le jour pour réduire ces pertes. Mais, assurer la distribution en continue de l’électricité reste .un défi de taille

LE FOISONNEMENT DES ÉGLISES

Actuellement, nous observons la naissance de beaucoup d’églises et sectes, surtout des églises protestantes de réveil. Mais, les divisions internes y sont fréquentes.

DES INITIATIVES ET DES MESURES ENCOURAGEANTES

  • Une Commission Nationale Terre et Autres Biens (CNTB) est à l’œuvre pour donner réponse aux conflits sur les litiges de propriété entre les rapatriés et les résidents qui ont spolié des terres et d’autres biens des veuves et des orphelins victimes des assassinats massifs non élucidés après l’indépendance de notre pays.
  • Une Commission Nationale des Droit de l’Homme a été mise sur pieds pour appuyer le gouvernement à la réconciliation et à la résolution des conflits liés au respect des droit de l’homme. Fr. Emmanuel Ntakarutimana est le Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme

UNE FRAGILITÉ POLITIQUE

Sur le plan politique et social, après plus de 12 ans des conflits violents, la paix sociale sur les collines du Burundi se consolide. Néanmoins, la situation politique et sécuritaire reste fragile du fait que la majorité des partis politiques d’opposition se sont retirés du processus électoral de 2010. C’est ainsi que le pouvoir actuel est majoritairement assumé par le parti présidentiel. Aujourd’hui, le pays se prépare aux élections de 2015. Certains partis politiques d’opposition se sont scindés en deux ailes dont l’une se relie au parti au pouvoir. C’est le cas des partis FNL, UPD, FRODEBU et plus récemment l’UPRONA (ancien parti unique). Certains textes et lois sur les élections sont déjà votés par le parlement ou sont en cours d’analyse par les instances habilitées.

D’après ‘Karibu’ n° 155
 

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