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L A V I G E R I E . be

Le Père Baudouin Waterkeyn

lundi 24 novembre 2014 par J.V.
  Bruxelles, le 23/11/2014

"J’ai la profonde douleur de vous annoncer le décès de notre confrère
 
Baudouin Waterkeyn


survenu cette nuit à 2h35 à la clinique Afya Don Bosco", nous communiquait mercredi 19 novembre le père provincial de notre Province d’Afrique Centrale, Christophore Amade. Son grand souhait, mourir en Afrique, a été exaucé…

Baudouin est né le 14 mai 1931 à Woluwe-Saint-Lambert, une des communes de Bruxelles. Il était le cadet d’une famille très chrétienne de neuf enfants et fut chouchouté par ses sœurs. Un de ses frères, André Waterkeyn, est l’ingénieur qui conçut l’Atomium. Ecole primaire interrompue par la guerre et la fuite de la famille en France, à Lourdes, études secondaires dans un établissement privé, l’Institut Lefebvre à Bruxelles. Il découvre le scoutisme, à la 58e du Chant d’Oiseau. Un des aumôniers lui donnera des cours de latin. Il se sent appelé par Dieu, mais hésite. Après avoir gagné sa vie avec de petits boulots, il entre chez les Pères Blancs à Thy-le-Château en 1951. Suivent le noviciat à Varsenare et les quatre années de théologie à Heverlee. Il y prononce son serment missionnaire le 7 juillet 1956 et est ordonné prêtre le 21 avril 1957. Après les cours obligatoires à l’université de Louvain, en guise de service militaire, le voilà prêt pour partir au « Congo belge ».

Il est nommé au Maniema, à Kalima. Etude du Swahili, directeur des écoles primaires, tournées pastorales en brousse, aumônier des scouts et des jocistes, organisateur de séances de cinéma. Lors de l’indépendance en juin 1960, il subit sa première bastonnade et est laissé pour mort en prison. Le 2 août 1964, les émissions flamandes de la RTB annoncent que Kalima est tombé entre les mains des Mulelistes et que plusieurs pères sont tués, dont le père Baudouin Waterkeyn, qui fut décapité. Ce n’est que trois jours plus tard que ce dernier a pu avertir sa famille…

Evacuation par Kinshasa et congé en Belgique et retour à Kalima. Il y anima - « plus que jamais », écrit-il – les louveteaux, scouts, routiers qui ne sont pas rentrés dans la rébellion. Il devient aumônier scout du district Kasongo, deux fois et demi la surface de la Belgique. Il s’occupe des lépreux et leur fournit des médicaments. En mars 1969 il est nommé à Kampene, mais en 1975 il retourne à Kalima. De là il fonde la paroisse de Kakutya. Il construit beaucoup en brousse avec des jeunes chômeurs que la guerre avait chassés des écoles. Ils devenaient ainsi maçons, menuisiers, charpentiers, briquetiers… Avec eux il construisit la nouvelle église paroissiale.

Il découvre la médecine préventive et lance à travers les Shirika (communautés de base) le captage des sources et la construction de W.C. « Ceux qui avaient un W.C. de six mètres de profondeurs recevaient un diplôme, qu’ils mettaient dans leur salon comme un diplôme d’études ! Ce diplôme leur donnait accès à la pharmacie de la paroisse, pas de diplôme, pas de médicaments. » A chaque inauguration d’une source, on organisait un « grand festin » : riz et singe. Ce dernier était fourni par le curé-chasseur…

En 1981 Baudouin fait un recyclage de trois mois à Lumen Vitae. Il subit une première opération au genou. Le lendemain de l’opération, Louis, son frère, lui amène une voiturette de handicapé et ce fut le déclic : « J’ai fait le rêve fou de mettre tous les handicapés du diocèse de Kasongo sur … roues, faute de les faire marcher, comme Jésus qui guérissait les paralysés. » Baudouin lance l’opération « Roues de Secours » . Il fêtera un jour l’arrivée de la millième roue ! Il expédie un premier conteneur avec des roues de vélos et d’autres matériaux, comme des fourches. Le tout pour Kampene, où il est nommé. Dans un atelier, une vingtaine de handicapés (menuisiers, soudeurs, forgerons) fabriquent les chaises roulantes. D’autres meulent des verres de lunettes et les montent ; d’autres encore fabriquent des chapelets…

Après la session et la grande retraite à Jérusalem, fin 1988, Baudouin est nommé dans le diocèse de Kongolo, à Sola. Il y restera dix ans. Il y a vécu une excellente coopération avec les Sœurs Franciscaines, dont Sola était le poste central avec pré-postulat, postulat, noviciat… Il y lance une soixantaine de mini-coopératives de quatre familles chacune. « C’est à Sola que j’ai connu la pire des guerres » (sur les sept qu’il mentionne dans ses notes). « Nous étions en perpétuel danger de mort. Les soldats rwandais incendiaient toutes les maisons des villageois en fuite en brousse, les églises et les dispensaires… » Après avoir été accueilli par les pères Spiritains, il est évacué vers la Belgique en juillet 1999.

En 1999 et en 2000 : prothèses totales aux deux genoux. Entre les deux il suit la session ’Transition au troisième âge’ à Rome. En février 2001 il retourne dans le diocèse de Kasongo, cette fois-ci à Mingana. Il reprend ses tournées en brousse, le plus souvent à vélo et pour plusieurs semaines, de village en village.

Grâce au curé de la Hulpe, l’abbé Alain de Maere, Baudouin lance le jumelage de la paroisse Sainte-Thérèse de Mingana avec la paroisse Saint-Nicolas de La Hulpe. « Le plus beau souvenir, en pleine guerre : une marche à pied de plus de 60 km à Kipaka pour chercher les objets récoltés par les jeunes de la Hulpe pour le centre de santé de Mingana : matelas, instruments médicaux, voiturettes de handicapés, livres, jouets, uniformes pour les scouts. Nous avions peur d’être pris pour une marche de rebelles, j’allais en vélo devant le peloton, pour avertir les gens de ne pas s’enfuir… » Baudouin savait raconter, il était un communicateur hors pair, un quémandeur-pour-les-autres professionnel. Il faisait tout pour tenir ses bienfaiteurs au courant. En témoignent ses « Lettres communautaires » (la 24e date de septembre dernier), envoyées grâce aux amis de la paroisse de Saint-Nicolas, et son « Blog des Amis du Père Baudouin » , plein de photos, de rapports, de témoignages…

De plus en plus handicapé lui-même, son dernier poste sera l’aumônerie de l’hôpital Sendwe, à Lubumbashi. Il continue à récolter des centaines de voiturettes, des béquilles, des déambulateurs. Il fonde une asbl « Au bon Samaritain », qui assiste les plus démunis parmi les malades, leur offrant même des repas, et qui s’autofinance par la vente de gaufres et de boissons froides.

Pour conclure, voici un témoignage d’un confrère, le Père Alex Goffinet :

« Baudouin est resté scout toute sa vie, avec un esprit d’aventure, de romantisme et d’âme d’enfant. Homme de Dieu, il était toujours présent aux prières de la communauté. Baudouin était un confrère d’une imagination, d’une originalité et d’une inventivité époustouflante. Que d’histoires à raconter. Il était aussi un homme de forte émotivité. S’il lui arrivait de faire du mal à quelqu’un, il demandait pardon, tendait la main et murmurait : c’était l’émotion. Son émotion, c’était surtout son coeur, à la mesure de sa taille, qui le poussait à foncer dans la générosité, presqu’aveuglément. Jamais assez, jamais de trop. Il avait une sensibilité toute particulière pour les malheureux, les malades, les estropiés. Une seule parole du Christ nous suffit pour honorer sa mémoire : »Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait".

  Les funérailles seront célébrées le lundi 24 novembre à 11 heures à Lubumbashi en la cathédrale Saints Pierre et Paul. La cérémonie sera présidée par S.E. Mgr. Jean-Pierre Tafunga, archevêque de Lubumbashi.

Une eucharistie à la mémoire du Père Baudouin Waterkeyn sera célébrée le vendredi 28 novembre à 12 heures en l’église Saint-Nicolas à La Hulpe (rue des Combattants 2 – 1310 La Hulpe). Possibilité de concélébrer (étole blanche).

 

Une collation sera offerte dans la salle paroissiale proche de l’église.

 
Jef Vleugels
 

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