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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°86 Breuklijnen

Septembre - September 2014
dimanche 28 septembre 2014 par J.V.

 TÉMOIGNAGE

Au Nigéria, Mgr Kaigama se dresse contre Boko Haram

Au Nigéria, malgré les violences, Mgr Ignatius Kaigama, l’archevêque de Jos, refuse de partir. Il est l’un des prélats catholiques les plus visibles du pays. En mai dernier, la ville de Jos a subi deux attaques à la bombe perpétrées par Boko Haram, qui ont fait plus de 100 morts. L’archevêque est clairement en danger, mais il refuse d’être entouré par des gardes armés lors de ses visites pastorales.

« Je n’ai pas de gardes du corps, explique-t-il à l’Aide à l’Église en détresse lors d’une récente visite à New York, ça attire les malfaiteurs. » « Me protéger moi-même ferait de moi un prisonnier. Cela effraierait les gens. Imaginez si les prêtres se promenaient avec une protection rapprochée ! Nous croyons que Dieu est avec nous. Nous croyons que nous triompherons malgré les machinations des terroristes. »

« Il est normal d’avoir peur, confie Mgr Ignatius Kaigama, mais j’ai renoncé à tout pour servir Dieu et son peuple. Je n’ai ni famille biologique ni biens matériels que je puisse considérer comme à moi. Au cas où je perdrais ma vie en défendant les droits des personnes à la liberté de culte et l’unité de l’humanité, je ne laisserais ni veuve ni orphelin. Pourtant, il est vrai que la mort fait peur à tout le monde. »

Boko Haram, « une expression du mal »

Mgr Kaigama dénonce sans complaisance les violences perpétrées par Boko Haram. « Lorsque vous tuez et détruisez non seulement des combattants mais aussi des femmes, des enfants et des pauvres, c’est le mal. Ceux qui sont morts sur le marché de Jos étaient des vendeurs d’oranges, d’arachide ou de lait, qui cherchent simplement à gagner un peu d’argent pour la soirée. C’est une expression du mal. »

« Même si la violence se trouve à proximité », l’archevêque estime qu’il doit « être présent ». « Nos dirigeants, déplore-t-il, sont tout simplement insensibles à la situation des pauvres. » L’Eglise essaye, autant que possible, d’aider les chrétiens ainsi que les musulmans. Mgr Kaigama travaille à ce qu’il appelle le « Dialogue de vie », c’est-à-dire la mise en place d’amitiés et de relations islamo-chrétiennes. Le « dialogue » reconnaît simplement que « votre vie affecte la mienne, et ma vie affecte la vôtre » explique l’archevêque.

La Lettre de Radio Vatican 29/08/2014
 

Encore à propos du Nigeria : Amnesty international dénonce la torture au Nigéria

L’ONG a recueilli des centaines de témoignages pendant 10 ans. Aujourd’hui elle dévoile dans un rapport les méthodes de la police et de l’armée nigérianes. Violences sexuelles, arrachage des ongles ou des dents, décharges électriques : la torture est quasi-systématique dans la lutte contre Boko Haram. Les forces de l’ordre arrêtent des suspects, puis les torturent pour obtenir des preuves. Et cela, en toute impunité, puisque ces mauvais traitements ne sont pas condamnés par la loi, comme le dénonce Agathe Battistoni. Elle est chargée de campagne Torture et peine de mort au sein d’Amnesty international France.

 LA NEGROPHOBIE (racisme anti-Noirs) :
pauvre parent de l’antiracisme belge

En 2011, dans un rapport sur les discriminations des personnes d’origine subsaharienne, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLCR) affirme que : « La Belgique connaît en effet mal sa migration congolaise (et africaine en générale) et entretient une relation difficile avec son passé colonial. Or, interroger notre relation à »l’altérité noire« – et lutter contre les préjugés et la discrimination dont sont victimes les personnes d’origine subsaharienne – passe aussi par la réconciliation des mémoires. » Les conclusions de deux études publiées en 2009 et 2010 par le CECLCR sur les perceptions des groupes minoritaires par les Belges, et inversement, témoignent de l’ampleur du problème : Les personnes d’origine subsaharienne dans la société belge, sont perçues « de façon inférieure ; ce qui les caractérise est leur tempérament gai, enjoué et l’intérêt qu’ils attachent à leur apparence ; leur philosophie de vie est très variée : plus orientée sur le plaisir et moins sur le travail. Les Africains vivent aussi davantage en communauté, ce qui peut occasionner des nuisances. » (CECLCR 2011). Les différents stéréotypes que l’on retrouve dans cette conclusion sont ceux qui étaient véhiculés par les colons sur les colonisés soumis aux travaux forcés, de même que pour les immigrés italiens et espagnols hier : des « paresseux » que l’on doit mater pour leur apprendre la vertu du travail ; « les étrangers ne veulent pas travailler et profitent des avantages de notre système tel le chômage ou les allocations familiales » ainsi que « les étrangers nous volent notre travail ».

En matière de travail, plusieurs études concluent à une ethno-stratification du marché de l’emploi (Etude en Région Bruxelles-Capitale par K.U.Leuven/ULB, 2005 ; Baromètre de la diversité sur l’emploi, 2012, ENAR 2014). Les personnes d’origine subsaharienne avec un niveau de qualification élevé (études supérieures) se trouvent plus fréquemment au chômage et ont un taux d’activité particulièrement bas, au même titre que les femmes d’origine turque et marocaine.

De l’indispensable nécessité d’une volonté politique dans la lutte contre le racisme et la négrophobie

De nombreuses propositions pour lutter contre ce racisme à la base, dans des rapports et autres Assises de l’interculturalité (2011) sont restées lettre morte. Il y a urgence à la déconstruction des préjugés et des stéréotypes à travers l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de sa vulgarisation. Il devient impératif pour la Belgique de concevoir et mettre en œuvre une véritable politique antiraciste qui privilégie entre autres, le développement d’outils et de pratiques de mesures pour un diagnostic précis de l’ampleur des actes négrophobes ; le soutien aux associations de victimes ; les actions positives en matière de discrimination à l’emploi ; la mise en place d’institutions indépendantes de soutien aux victimes de racisme ; le dispositif de sanctions proportionnelles au délit à caractère raciste ; les mécanismes d’indemnisation des victimes de racisme  ; la mise en place au sein des parlements de commissions dédiées au racisme et à la diversité multiculturelle  ; la mise en place d’une législation d’action de groupe contre le racisme pour répondre à la difficulté d’apporter des preuves.

Les données historiques et démographiques confortent la multiculturalité de l’Europe, pour paraphraser le Pr. Elikia M’bokolo, elle est « multiple ; et dans cette multiplicité, il y a une composante essentielle qui est la composante noire, que ce n’est pas une affaire des trois dernières décennies, c’est une affaire qui s’étale sur plusieurs siècles… » Le vouloir vivre ensemble recommande que les contentieux mémoriels et coloniaux soient soldés afin de tirer les apports positifs des différentes composantes du pays. Ceci reste vrai pour la composante noire de la Belgique. Les réactions des associations belgo-africaines, comme celle de personnalités de la société civile contre la négrophobie (Chika Unigwe contre les caricatures d’Obama), (le journaliste Peter Verlinden de la VRT contre le tag « Neger » sur sa maison) et surtout le KVS (Théâtre royal flamand de Bruxelles) qui a rompu son partenariat avec le journal De Morgen, constituent certainement des voies d’action salutaire pour l’avenir. Puissent ce genre d’actions se multiplier. Puisse également l’aventure des Diables rouges au Mondial du Brésil aider quelque peu à faire ce travail de mémoire et de réconciliation. Car, comme dit la devise belge « l’union fait la force ».

  Pour le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte Contre les Discriminations (CMCLCD),
M. Calvin Soiresse (Coordinateur, CMCLCD)
Dr. Maximin Emagna (CMCLCD/Europe Belgium Diversity)
Newsletter septembre 2014 Pax Christi Wallonie-Bruxelles
 

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