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L A V I G E R I E . be
Islam

Des Imams d’importation
ou
une Ecole Supérieure pour les Imams en Belgique ?

Dossier : L’Islam en Belgique (1)
vendredi 28 mars 2008 par Jan Geypens

Les « Imams d’importation », comme on les appelle parfois, sont des personnes qui viennent de la Turquie ou du Maroc ; ils président la prière musulmane en arabe et font normalement le prêche (khutba) du vendredi dans une mosquée en Belgique. Très souvent ils ne parlent pas notre langue, sauf les Marocains qui connaissent le français mais pas le néerlandais, et aussi, ils arrivent difficilement à s’intégrer dans une communauté musulmane belge parce qu’ils comprennent mal le milieu et le monde des jeunes musulmans, vivant en Belgique, où presque tous sont nés.

De ce constat, le Ministère de la Justice et les différentes organisations musulmanes en Belgique sont d’accord pour dire qu’il serait très utile d’avoir une formation propre pour les imams appelés à présider la prière dans une mosquée belge.

Mais est ce possible ? Un imam dans l’islam n’est pas comme on le définit parfois à tort dans nos ’mots croisés’ ; il n’est ni un prêtre musulman, ni le chef d’une mosquée. Il est tout simplement celui qui préside les prières musulmanes, soit dans une mosquée, soit sur une place publique. De ce fait et suivant l’éducation qu’il a reçue et de l’auréole de sa personnalité, il peut avoir ou non une grande influence sur la communauté musulmane locale.

Cependant il y a des intellectuels musulmans en Europe qui ont une plus grande influence, surtout sur les jeunes.

 Histoire et situation . . .

En Belgique il y a 400.000 fidèles, environ 330 mosquées et à peu près 300 imams. L’islam y est, depuis 1974, officiellement reconnu comme religion. Cependant les communautés musulmanes - à quelques exceptions près et depuis peu - ne reçoivent pas, jusqu’à présent, d’aide financière de l’Etat et encore moins le bénéfice d’une formation appropriée.

Beaucoup d’imams turcs en Belgique sont formés par l’autorité turque qui les envoie pour trois ans et qui les paie également par l’intermédiaire du ’Diyanet’ ce qui veut dire le Ministère turc du Culte. La plupart des imams des communautés marocaines n’ont presque pas de formation ou seulement une formation limitée, reçue souvent dans leur village d’origine. Quelques uns seulement peuvent attester d’une formation en Egypte, en Arabie Saoudite ou au Maroc. A peu d’exceptions près, ces imams d’importation et parachutés de l’étranger dans une communauté musulmane d’ici ne connaissent ni la culture locale, ni la langue. A fortiori, ils ignorent la mentalité des jeunes musulmans, garçons et filles de la 3èmc et 4e génération, nés pour la plupart ici en Belgique et qui sont donc Belges comme vous et moi.

Que faire alors avec certains jeunes, qui parfois vivent en marge de la société ? Que dire dans la discussion à propos du port du voile ? Comment être un pont en cas d’abîme entre les générations ? Beaucoup de ces problèmes et d’autres les dépassent parce qu’ils n’ont pas connu cela dans leur pays d’origine. Il n’est donc pas étonnant que le besoin de former des imams sur place soit très fortement ressenti aussi bien par le Ministère de la Justice belge que par les responsables des communautés musulmanes, et cela non seulement en Belgique mais également pour toute l’Europe.

 Des avantages . . .

Il y a donc en Belgique une volonté politique d’organiser une formation religieuse pour des imams belges. L’Autorité fédérale - responsable pour les salaires et les pensions des ministres du culte - et les différentes Régions dont la Belgique s’est dotées, comprennent que les imams bien formés peuvent jouer un rôle important sur la voie de l’intégration.

Cette formation envisagée et souhaitée aurait un rôle de frein sur les influences néfastes et fondamentalistes de l’extérieur et peut-être sera-ce un pas en avant vers un islam Européen ; c’est du moins ce que les autorités espèrent.

Et de plus, les communautés musulmanes elles-mêmes voient un avantage dans cette formation des imams belges. Ces imams seraient plus facilement acceptés et intégrés dans les communautés locales. Quant aux imams mêmes, le fait d’être ‘ reconnus et payés ’ par l’Etat, donc d’avoir un salaire régulier, donnerait davantage d’assise et de sécurité à leur vie. Car pour le moment certains imams ont de la peine à survivre, ils doivent compter sur les dons des croyants ou sur le soutien de la mosquée. Certains travaillent à mi-temps et il y a même des imams sans papiers. Parmi des imams envoyés par le Diyanet de Turquie, il y en a qui, après 3 ans, ne retournent plus dans leur pays. Cette incertitude générale concernant statut, formation et revenus, peut être un obstacle à leur influence dans une communauté ; ils sont trop dépendants des fidèles. Il faut cependant dire que dernièrement on a commencé à reconnaître officiellement quelques mosquées si bien que celles-ci peuvent alors proposer un imam résidentiel payé par l’Etats.

 A la carte . . .

Revenons à la formation des imams. Quand on parle de ’formation’, vient alors tout de suite la question : quelle formation donner à ces imams en Belgique ?
Il y a là évidemment la partie théologique et la partie séculière. Pour remplir le volet théologique, l’autorité belge n’est pas compétente et ne peut donc intervenir, puisque nous honorons le principe de la séparation de l’église (mosquée) et de l’état.

Quant au volet séculier , il doit être exigé une formation solide pour être un bon citoyen belge et cela suppose la langue, l’histoire de la Belgique, les lois du pays, les structures belges et même le contexte européen.

Mais ici commence alors la difficulté pour la partie théologique. L’islam connaît tellement de courants et d’écoles théologiques différentes, qu’il est difficile, presque impossible, de donner une formation commune et unique à tous les croyants de l’islam en Belgique. Faut il alors donner une formation propre à chacun de ces groupes quand on sait qu’en Belgique il y a des Turcs, Marocains, Pakistanais, Sunnites, ’Chiites, Alevites, Ahmadites ?

Meryam Kanmaz. chercheuse au ’Centrum Islam in Europa ’, à l’université de Gand, craint que le temps ne soit pas encore mûr pour une formation commune. Les communautés musulmanes ne se connaissent pas entre elles et chaque groupe a sa tradition séculière et suit l’une des 4 écoles théologiques. (école malikite, hanafite, shaféite et wahhabite ou hanbalite)

 L’Exécutîf . . .

Légalement « l’exécutif des musulmans » (leur plus haut organe) est le seul interlocuteur avec l’autorité belge et est supposé agir un peu comme la « Conférence des évêques belges » le fait, pour les catholiques. L’Autorité belge, en instituant l’exécutif musulman, espérait avoir trouvé un porte-parole valable et commode vers les communautés musulmanes. Mais le problème est que l’exécutif n’arrive pas à démarrer, justement à cause des frictions sérieuses entre les communautés. Ainsi, l’équipe actuelle de 17 personnes a une prépondérance turque parce que la communauté marocaine a boycotté la dernière élection alors qu’elle est majoritaire en Belgique. Comment alors sortir de cette impasse ?

La situation pour le moment est que finalement les communautés musulmanes (celles qui sont déjà reconnues) envoient une liste d’imams à qui le Ministère de la Justice donne un salaire. En Hollande, on annonce pour 2008 l’arrêt des « imams d’importation » mais en Belgique on est toujours à court d’imams et alors on tolère encore les imams d’importation. Peut-être se rappelle-t-on encore que l’an dernier pour le ’ Ramadhan ’ un impressionnant groupe d’imams est venu de l’étranger, surtout du Maroc, pour prêcher pendant cette période dans les mosquées des communautés musulmanes en Belgique.

DOSSIER : l’Islam en Belgique (1)
réalisé par J. Geypens, mafr.
pour le GROUPE RENCONTRE,

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