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L A V I G E R I E . be
R.D. Congo - Diocèse de Goma

« EN CETTE PERIODE DE DESOLATION,
RELEVONS LA TETE »

Message de Mgr Kaboy
mardi 14 mai 2013 par Webmaster

A vous Prêtres de Dieu,
A vous Religieuses du Christ,
A vous Collaborateurs Laïcs,
A vous Fidèles et bien aimés de Dieu,

« La paix du Christ Ressuscité soit avec vous ». Oui c’est de tout cœur et en qualité de votre Pasteur que je vous adresse cette salutation dans toute sa fraicheur.

En ce temps d’épreuve et de désolation j’ai estimé opportun de vous lancer ce message pour exprimer ma proximité et assurer de ma constante prière.

Oui, lorsque la paix du Christ ressuscité envahit le cœur, la vie reprend une nouvelle splendeur.

Le temps que nous traversons est morose mais s’abimer d’inquiétude n’a jamais été un chemin d’Evangile.

Bâtir la foi sur la tristesse serait édifié la maison sur le sable.

La paix qui vient du Christ est celle des profondeurs qui rend plus léger pour reprendre la route même lorsque l’échec ou les découragements pèsent sur les épaules.

Seigneur, en dépit de tout, garde nous dans la joie, la simplicité et la miséricorde. (Cf. Fr. Roger de Taizé.)

En situation de peur et d’incertitude, il est des présences que l’on voudrait retenir.

Encore sous le choc du vendredi, les Apôtres ont connu la présence du Ressuscité et ils auraient bien voulu retenir leur Maître. Mais celui-ci leur dit et dit à un chacun : « ne soyez pas bouleversés, je m’en vais et reviens vers vous ». (Jn 14,1-3)

Oui Seigneur, en ce temps de détresse qui perdure, ma supplication est toujours la même pour tous les habitants de ce Diocèse :

« Qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance »
(Jn 10,10).
  1. La physionomie actuelle du Diocèse de Goma est épouvantable. C’est de toutes les paroisses que je reçois des cris d’alarme faisant état d’accrochages, d’assassinats, de pillages, de vols armés… Le grand nombre des milices et des groupes armés sèment la terreur particulièrement dans les milieux ruraux à telle enseigne que bien des activités pastorales s’en trouvent sérieusement bloquées.

    Il y a des paroisses où ni les prêtres ni les watumishi ne peuvent circuler librement en raison des multiplicités de barrières et de la circulation des jeunes guerriers qui parfois sous l’effet des stupéfiants, effarouchent tout passant en exigeant de l’argent et en proférant des menaces de mort …
    Beaucoup de cultivateurs et surtout les mamans n’osent plus aller dans les champs de peur d’être sauvagement violées.

  2. Des écoliers et d’autres jeunes non scolarisés sont condamnés au vagabondage et deviennent par conséquent des victimes faciles d’enrôlement forcé dans les groupes armées ; c’est là qu’on leur « arrache leur enfance » pour leur apprendre à tuer, il y en a aussi qui s’enfoncent dans les carrières minières dont la plupart constituent des « lieux du vice ».

    Il ne se passe pas une semaine sans que j’apprenne que tel ou tel village a été incendié, le bétail emporté, des morts, des blessés. Les cadavres jonchent souvent les sentiers.Dans la fuite les membres de famille n’ont pas la possibilité d’organiser un minimum des funérailles décentes.

  3. Lors de l’une de mes visites dans la Paroisse de Matanda, juste avant de reprendre le chemin de retour sur Goma, un homme tenant un bébé (2 mois) dans ses bras m’aborde en me suppliant de faire quelque chose pour son enfant qu’il venait de récupérer du dos de sa maman abattue par un inconnu.

    Avec l’aide des Sœurs Carmélites de la Paroisse, l’enfant a été confié à une jeune maman qui avait déjà son bébé (1 mois) pour l’allaiter et s’en occuper entièrement moyennant l’assistance de l’économat général. Non, il se passe actuellement des choses horriblement inintelligibles.

  4. Dans certains coins, c’est le virus du tribalisme (ubaguzi) qui est apparu et qui fait rage. Des milices s’adonnent allégrement à la chasse de tous ceux qui ne sont pas de leur ethnie provoquant ainsi des déplacements massifs de familles entières vers l’inconnu.

    Disons-le dès à présent :

    Aussi longtemps qu’il y aura « LES AUTRES » opposés à « UN NOUS », nous pouvons être certains que, l’Evangile de Jésus Christ n’a pas encore atterri et pénétré dans la terre de notre cœur. »

    Il s’agit de considérer l’autre (peu importe son appartenance tribale) non pas comme une menace mais comme possibilité de découvrir que le « NOUS » par lequel nous nous reconnaissons et qui nous donne une identité est beaucoup plus ample, plus étendu, plus riche que nous ne saurions l’imaginer. Nous avons tous été façonnés dans le même moule du Créateur et tout acte ou comportement de rejet de l’autre est un affront à Dieu.

    Aussi longtemps que nous avons besoin de cataloguer certains comme n’appartenant pas « AUX NOTRES », notre foi en Dieu s’en trouve chancelante et n’est par conséquent pas à même de poser le regard de Dieu sur le monde : car le « vous êtes tous des frères » (Mt 23,8) recommandé par Jésus lui-même est à prendre au sérieux.

  5. L’abominable manie de prendre en otage des personnes pour exiger des rançons est devenue monnaie courante.
    A l’heure actuelle, les enlèvements enregistrés par nous en territoire de Rutshuru se succèdent en cascade de la manière suivante :
    • Le mardi 23 avril 2013 Monsieur Roch NZABANDORA, directeur technique affecté à la Centrale Hydroélectrique de Rutshuru.
    • Le mardi 30 avril 2013 Monsieur Jean Baptiste KASEREKA, secrétaire à la Paroisse Saint Aloys de Rutshuru.
    • Le dimanche 5 mai 2013 Monsieur Gratien BAHATI Conseiller d’enseignement primaire de la Paroisse Saint Aloys de Rutshuru.

      Ce sont là des actes barbares que nous condamnons énergiquement car ils avilissent l’œuvre de Dieu.

  6. Eu égard à cette situation accablante que je déplore profondément, en ce qui concerne la pastorale sacramentaire et bien d’autres points, j’ai pris les dispositions suivantes :
    • Il est interdit de conférer les sacrements en masse à des personnes qui se présentent comme « milices », « groupes armés ».
    • Pour tous les sacrements, il faut appliquer les directives et les instructions prévues au diocèse. A exclure toute précipitation ; les motifs d’urgence ou même souvent ceux de perte de pièces sont à examiner sérieusement, je recommande à tous les curés d’user de la fermeté en se conformant aux exigences et conditions requises. La situation de la guerre n’est pas une raison pour céder à un laisser-aller susceptible de DEVALORISER LA VIE SACREMENTAIRE.
    • Il est interdit de garder le Saint Sacrement dans les succursales de secteur et partout ailleurs en dehors de la paroisse. Cela pour éviter la profanation des Saintes espèces.
    • Il est interdit de mettre les infrastructures paroissiales à la disposition de tout rassemblement à caractère belliqueux.
    • Il est interdit de s’immiscer dans des affaires de nature à compromettre inutilement la vie des personnes et à perturber les activités pastorales.
    • Il est interdit d’hypothéquer ou de mettre en vente les avoirs immobiliers, fonciers ou autres appartenant au Diocèse. Les dettes contractées sans l’autorisation de l’économat général n’engagent pas le Diocèse et en cas d’insolvabilité le débiteur assumera seul sa responsabilité.
    • Les temps sont durs pour tous, mais redoublons d’efforts car un climat constant d’insécurité, de menaces, et de rumeurs qui charrient des soupçons de tout genre peuvent sérieusement porter atteinte à la sérénité dans les communautés.
  7. Que fait le Diocèse ?
    Devant l’ampleur de la tâche, le diocèse concentre son action sur trois axes.
    • L’axe d’assistance humanitaire : La Caritas Développement par ses différentes œuvres sociales arrive encore à sillonner le diocèse en distribuant, selon les moyens, des vivres et non vivres ; les formations sanitaires reçoivent des produits pharmaceutiques et se mettent à la disposition des gens dans le cadre de l’écoute pour une population traumatisée et aux prise avec toutes sortes des problèmes d’ordre psycho somatique.
    • L’axe Justice et Paix : Il organise des ateliers d’analyse de réflexion sur différents thèmes visant spécialement les mobiles de cette guerre et cherchant des pistes de solutions. Pour l’avènement d’une paix durable. Bien d’organismes tant nationaux qu’étrangers apportent aussi leur contribution dans ce sens.
    • L’axe socio-spirituel  : Les membres d’ASUMA-USUMA ses mobilisent pour une action centrée sur des visites, une aide matérielle (selon les possibilités) et une animation spirituelle spécialement dans les camps des déplacés aux abords de Goma.
      Toutes les communautés paroissiales de l’intérieures sont engagées dans ce sens en organisant une pastorale de prières, d’adoration, de neuvaines ainsi que d’autres actes de dévotion autorisés.
  8. Tous nos remerciements aux Evêques membres de la CENCO pour leur solidarité et leur proximité dans les encouragements qu’ils ont adressés aux habitants de la Province du Nord-Kivu en ces termes :

    « Chers Frères et Sœurs,

    Les difficultés même les plus graves ne doivent pas nous jeter dans le désespoir et dans la résignation.
    Confiants en Dieu, source de toute paix véritable et grâce à un sursaut patriotique, relevons nos têtes et dressons nos fronts
     ». [1]

En ce temps de grande détresse, comptons toujours sur la grâce du Seigneur et assurons à la vie communautaire ses assises habituelles que sont principalement : l’Eucharistie, la prière, les activités ordinaires de la pastorale (ce qui est possible), l’unité de l’équipe sacerdotale et la joie d’être et de rester au service de l’Eglise quoi qu’il arrive.

En cette période d’affliction et de confusion, le disciple de Jésus est constamment appelé à faire murir les « OUI » inconditionnels à la vie, en les nourrissant et en les fortifiant par les inévitables et nécessaires « NON » pour la vie. C’est à l’école du Seigneur Jésus qu’on apprend la vraie liberté.
Est libre quiconque a la capacité non seulement de dire « OUI » mais aussi « NON » à l’exemple de Jésus lui-même.

CONCLUSION :

Frères et Sœurs bien aimés,
Aujourd’hui, tout peut paraitre chaotique, voire absurde mais l’Esprit atteste que dans les entrailles de la RD Congo le Seigneur a déclenché ‘’ des temps nouveaux ‘’.
La déception et le désarroi peuvent bien nous menacer mais l’Esprit demeure au cœur du temps. Cet Esprit, grande respiration de Dieu portera jusqu’à nous la saveur de la terre nouvelle. COURAGE.

Que la Très Sainte Vierge Marie, Notre Dame du Congo et Reine de la Paix obtienne à notre pays et à tous se habitants la grâce de l’unité et de la paix. Tenons bon dans la Foi.

Fait à Goma, le 6 mai 2013.
 

[1Message du Comité Permanent de la CENCO sur la situation sécuritaire dans notre Pays : Peuple Congolais, lève-toi et sauve ta Patrie, 5 décembre 2010.


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