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L A V I G E R I E . be
Congo

L’histoire de la SAM

Famille Mission N°1 - 2013
vendredi 5 avril 2013 par Webmaster

A l’occasion du 10e anniversaire du décès du Père Jacques Fiévet (31/01/2003)

Notes Historiques :

1970-2008. Après trente-huit ans de travail la compagnie Service Aérien Missionnaire (la SAM) a mis fin à ses services, le 19 mars 2008. La SAM travaillait depuis 1970. Le « géniteur » en fut le Père Jacques Fiévet, M.Afr. , ce qui explique que durant de nombreuses années sa mini-compagnie était mieux connue au Congo sous le nom populaire d’Air-Jacques.

Elle avait vu le jour à l’époque où le ravitaillement des communautés, hôpitaux ou écoles du diocèse de Kasongo était devenu impossible : routes impraticables, ponts coupés, pas de lignes aériennes, rebellions, guerres… Jacques, qui ne parvenait plus à parcourir le diocèse pour la supervision des écoles, rêva alors d’un petit service aérien pouvant atteindre les postes isolés. Cela pouvait sembler une utopie mais Jacques était tenace. Avec l’appui du diocèse de Kasongo et les encouragements du provincial, il remua terre et ciel, c’est-à-dire les organismes humanitaires, pour trouver les fonds nécessaires. Avec l’aide de Fometro de Kasongo et d’autres coopérateurs, le rêve put devenir réalité. Jacques se mit à l’école de pilotage auprès du Père Félix Paillet, un confrère p.b., qui pilotait déjà dans l’Ituri et il profita d’un congé pour passer sa licence de pilote privé et de mécanicien d’avion. Il dénicha d’occasion un Cherokee entoilé, monomoteur, à un prix certainement inférieur à ce qu’il vaudrait aujourd’hui pour un musée d’aviation… Cela pouvait paraître un luxe à l’époque, mais les années qui ont suivi ont mis en évidence sa nécessité. Ainsi commença l’aventure !

A gauche : Jacques aux commandes de son Piper « Cherokee »
  Toutes les deux semaines Jacques volait de Kavumu, aéroport de Bukavu, jusqu’à Goma où il achetait ses 500 kg de marchandises : fromages, charcuterie, viande, légumes, etc. Puis il partait vers les petits aéroports de brousse où il descendait comme le Bon Saint Nicolas venu du ciel. Il tenait une comptabilité rigoureuse des frais et recettes et réussit ainsi à faire vivre sa compagnie par autofinancement. Il organisa même à Murhesa, le poste où il résidait, un élevage de porcs d’où il tirait lui-même une charcuterie de qualité pour le régal des confrères de l’intérieur… et d’ailleurs.

Il entretenait lui-même son avion et ne manquait pas de mettre ses talents de mécanicien au service des confrères pour les réparations de motos et voitures. Ses mains passaient ainsi du cambouis à la saumure, quand elles ne tenaient pas le manche à balai. Un crash à Kavumu (mais ce n’était pas Jacques qui pilotait !) réduisit l’avion en fumée, mais heureusement sans victime.

En 1975 un curieux avion Cessna remplaça le Cherokee : un push-pull, unique au Congo par sa forme bizarre, bimoteur, avec une hélice devant le pilote et une derrière, non pour faire marche arrière, mais pour pousser !

Ce furent des tonnes de nourriture, de médicaments ou de matériel que Jacques et, plus tard, Denis Esnault apportèrent aux isolés du Maniema. Mais ils ne transportaient pas que du fret : combien de personnes ont pu bénéficier de ce transport ! Évêques, médecins, infirmiers, malades, blessés, missionnaires Pères et Sœurs, supérieur(e)s généraux ou provinciaux, séminaristes, étudiants mais aussi journalistes, coopérants, visiteurs…

Certes, en trente-huit ans, il y eut bien des aventures et des émotions ; on pourrait en remplir un livre entier. Un jour, surpris par un gros orage, Jacques ne dut son salut qu’à une petite route de brousse sur laquelle il réussit un atterrissage in extremis, avant de voir les grêlons s’abattre sur les faibles voilures de l’avion. Il y eut des crashs… mais jamais avec Jacques ou son successeur Denis aux commandes. Il y eut toutefois une victime en 2001, lors d’un vol d’essai qui se termina dans une bananeraie près de Kavumu. Un paysan qui se trouvait au mauvais endroit perdit la vie. Les pilotes, comme les avions, vieillissent et parfois la tâche devient trop lourde. En ces 38 années, il y eut certes des aide-pilotes qui travaillèrent avec plus ou moins de bonheur. Citons Joseph Durant, le frère Renatus, René Lefrère, Barbara Friedenberg, François-Xavier Pinte, mais souvent ce furent plutôt des intérims. En 1986, la province dut chercher un confrère pour aider Jacques plus définitivement. On alla le dénicher en province de l’Ituri, dans la brousse de Laybo, en la personne du Père Denis Esnault, M.Afr.

La province de l’Ituri accepta de le « prêter » au Kivu-Maniema sous condition de le restituer après trois ans… Promesse jamais tenue, car l’Ituri et le Kivu étant désormais réunis dans une même province la promesse devenait caduque ! Il y avait prescription.

Jacques et Denis travaillèrent ensemble jusqu’en 1994, année où Jacques dut abandonner pour raison d’âge et de santé.

Denis, promu nouveau PDG de la SAM, continua seul courageusement le travail. Lors des guerres qui affligèrent le Kivu, les vols durent être interrompus, mais l’avion dormit intact dans son hangar de Kavumu. Pourtant, un jour, le P. Denis vit son avion passer au-dessus de Murhesa pour repasser quelque temps après. Il ne sut jamais qui l’avait emprunté ni pourquoi. C’est un miracle que l’avion ne fut ni réquisitionné, ni « exporté », ni abîmé dans ces temps de pillage.

Au cours des années, il fallut remplacer les engins. Après le Cherokee et le Cessna (1975), ce furent successivement des Partenavia (1981 et 2001).

Le PARTENAVIA, un appareil italien de grande renommée.
Denis veillait à l’entretien.

En 1997, ce fut le remplacement des moteurs et des hélices. Fort de ses connaissances électroniques, Denis apporta des améliorations importantes suivant les progrès de la technique : équipements de navigation, pilote automatique, radar météo et enfin le fameux GPS qui a facilité grandement la navigation.

Durant les 38 années, les deux pilotes totalisèrent plus de 11.000 heures de vol sur la SAM. On ne peut compter le nombre de passagers qui en ont profité ni encore moins les centaines de tonnes de fret qui furent transportés. Le Père Denis, tout comme son fidèle cheval ailé, est arrivé à l’âge de la retraite.

Une page est tournée. Quelques compagnies aériennes peuvent maintenant aider au transport des personnes et du fret et l’avenir laisse espérer que peu à peu les routes seront rouvertes. On ne peut que rendre grâce à Dieu d’avoir suscité cette forme d’aide à la fois humanitaire et spirituelle à cette région du Congo.

Merci de la protection divine qui a certainement accompagné Jacques et Denis dans leurs périples souvent dangereux. Jacques a pris son envol définitif vers le Seigneur en 2003. Denis continuera un travail de « rampant » dans la province.

Qu’ils soient remerciés tous deux pour ce qu’ils ont accompli !

 

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