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L A V I G E R I E . be
Maroc

Œcuménisme au Maghreb

RELAIS P.B. MAGHREB N°18 – Fév. 2013
vendredi 8 février 2013 par Webmaster

En janvier 2013 ont commencé à Rabat, les cours de “l’Institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa” crée par l’Eglise catholique et l’Eglise évangélique au Maroc.

De quoi s’agit-il ?

Nous avons interviewé les deux co-présidents de cet Institut.  [1]

Mgr Vincent Landel (VL) : Nous avons voulu donner un signe fort que les chrétiens sont capables de faire quelque chose ensemble ; non seulement dans le faire caritatif, mais aussi dans la réflexion. C’est important pour être un signe dans ce pays.

Pasteur Samuel (SA) : La question de départ est : comment assurer un minimum de formation théologique aux responsables de nos communautés qui sont souvent très jeunes ? L’intelligence de la Foi est indispensable à sa maturité et à sa sérénité. Mais il est impossible de faire de la théologie déconnectée de la réalité qui est vécue ici et qui semble vraiment spécifique par rapport au vécu des Eglises d’Afrique ou d’Europe. Il y a donc une nécessaire contextualisation de notre manière de vivre la foi chrétienne dans la culture marocaine.

Nous avons pris conscience que les Eglises catholique et protestante partagent la même analyse de la situation et les mêmes besoins et que chacune de son côté serait trop fragile pour mener à bien cette entreprise un peu étonnante.

VL : Je me suis rendu compte que ce que nous faisons là est un peu « prophétique ». Lorsque nous avons présenté l’Institut à Paris, les personnalités présentes, dont un évêque, ont été frappées que protestant et catholique nous parlions d’une même voix. C’est un grand encouragement.

SA : Depuis ma rencontre avec l’archevêque sont nées entre nous des relations fraternelles particulièrement confiantes et chaleureuses. Finalement ce projet est aussi le fruit d’une rencontre entre des hommes !

Expliquez-nous le nom donné à l’institut : “Al Mowafaqa”.

SA : C’est un cadeau du Ministre des Affaires Islamiques qui nous a expliqué qu’ “Al Mowafaqa” signifie “l’Accord” avec un sens profane de hasard bienheureux, mais aussi un sens beaucoup plus profond de se rendre compte que nos choix humains sont en accord avec la volonté de Dieu. Voilà pourquoi nous l’avons choisi comme nom pour l’Institut avec une orientation spirituelle forte : “S’accorder pour servir”. S’accorder avec la volonté de Dieu, s’accorder entre chrétiens, s’accorder avec le pays dans lequel nous vivons, s’accorder dans le cœur à cœur…

A qui s’adresse cet institut ? Qui pourra s’y former ?

SA : Il s’adresse d’abord à des leaders de nos communautés qui seront choisis sur la base du volontariat (et de l’appel intérieur) pour recevoir une bourse d’étude et se mettre au service des Eglises locales.
Mais il sera aussi ouvert à tous les membres de nos Eglises qui le souhaiteront pour un cours ou pour un cursus plus approfondi.

Nous ouvrirons aussi un programme au grand public par des cycles de conférences, des cours du soir et une programmation artistique. Enfin, nous pensons que cette formation au dialogue des cultures et des religions peut intéresser des étudiants venus de l’étranger pour un semestre d’échange ou une session intensive, ainsi que de cadres des entreprises expatriées qui voudraient comprendre quelques clés du pays qui les accueille.

VL : Nous nous rendons compte qu’en particulier parmi les subsahariens, des jeunes (et moins jeunes) sont capables d’animer une communauté, surtout lorsque les prêtres ne pourront plus être partout présents.

Nous voulons que cet institut soit en lien avec des universités reconnues qui valideront les « unités de valeur ». Beaucoup dans nos Églises sont de passage : nous ne travaillons pas seulement pour nos Églises au Maroc, mais pour l’Église de toute l’Afrique. « Merci aux Églises du Maghreb pour ce qu’elles font pour les étudiants : nous leur envoyons des adolescents et ils reviennent jeunes adultes bien dans leur peau, formés et prêts à prendre des responsabilités dans la société et l’Eglise », me disait publiquement un évêque subsaharien durant le Synode.

Qui enseignera à l’institut ? Proposera-t-il une validation académique ?

VL : Nous ne voulons pas faire du « bricolage » interreligieux, théologique ou culturel : nous voulons donc des enseignants avec le diplôme de « docteur », aussi bien d’Afrique que d’Europe avec un nombre significatif de femmes. Nous voudrions montrer ainsi que les études supérieures ne sont pas l’apanage d’un continent ou d’ecclésiastiques !…

SA : L’Institut Catholique de Paris et la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg ont accepté l’un et l’autre d’établir un partenariat académique qui permette la validation officielle d’une licence. Nous délivrerons donc de vrais diplômes reconnus par l’Etat français ! Nous avons recruté un conseil scientifique de professeurs qui acceptent de s’associer au projet pour élaborer un vrai programme universitaire de qualité.

VL : Certes, tout le fond ne sera pas commun, nous voulons rester honnêtes entre nous. En particulier certains chapitres de théologie ne peuvent être validés en commun. Mais rien n’empêchera un catholique de valider des cours protestants, ne serait-ce que pour vraiment savoir de l’intérieur quelle est la pensée protestante sur tel ou tel sujet (p. ex. sur l’Ecclésiologie).

Qui financera cette formation ?

SA : Les Eglises catholique et protestante du Maroc sont trop pauvres pour supporter financièrement un tel projet. Nous avons donc eu l’idée de financer ce projet par 4 sources différentes : le réseau des Eglises en Europe, des mécènes privés, des institutions officielles et des ressources propres. Est en voie de création un réseau des Amis de l’Institut avec des implantations en Afrique (au Cameroun notamment), en Europe et au Maroc, dont l’objectif sera de faire rayonner le projet dans sa dimension internationale, œcuménique, interreligieuse, et d’aider à son financement.

VL  : Nous croyons que dans le moment que vit le monde aujourd’hui, ce projet répond à un besoin susceptible d’intéresser divers donateurs.

Qu’est-ce qui vous réjouit dans ce projet de nos deux Eglises ?

VL : C’est une collaboration plus que fraternelle qui avant de se baser sur des différends théologiques, s’est fondée sur une amitié qui s’est construite jour après jour et qui a permis la confiance. Pour tout œcuménisme, pour toute rencontre interreligieuse, il faut le soubassement de l’amitié. S’il n’y avait que ce message qui passait, nous aurions gagné beaucoup.

SA : L’extraordinaire bon accueil que nous avons reçu dans tous les milieux auxquels nous avons exposé notre projet : Eglise catholique, milieux protestants, Conseil Œcuménique des Eglises, mécènes privés, milieu universitaire, médias, et même ambassades. TOUS nous ont ouvert la porte et prêté leur concours. Personne n’a essayé de nous décourager.

Car ce projet unique au monde met en lumière notre manière originale de vivre l’Evangile dans un pays musulman : nous pensons que nous pouvons apporter une voix originale dans un contexte international tourmenté par cette question.

Enfin, nous avons une conscience aigüe de la faiblesse de nos moyens humains, financiers et spirituels. Et ce projet n’existe que par la volonté de Celui qui fait toutes choses nouvelles. “Ma grâce te suffit car ma puissance donne toute sa mesure dans ta faiblesse !” Dieu que c’est vrai…

 
Siège de l’Institut à Rabat.
Propos recueillis par Daniel Nourrissat.
 


Infos complémentaires

Le conseil scientifique de l’Institut Al Mowafaqa s’est réuni en juillet 2012 pour élaborer le programme et la pédagogie des formations.
Des professeurs, catholiques et protestants, hommes et femmes, Africains, Européens et Libanais, tous titulaires d’un doctorat, ont « testé » leur enseignement auprès d’une vingtaine de futurs étudiants de l’Institut, entre le 7 et le 14 juillet, à Ifrane, afin de voir avec eux le style et les méthodes d’enseignement, les rythmes, les modalités d’accompagnement, etc. Les cours ont commencé en janvier 2013.

Contacts :
- le Pasteur Samuel Amedro samuel@amedro.org
- le Père Daniel Nourissat daniel.nourissat@gmail.com

[1(Extraits tirés du nº 109 du bulletin « Ensemble » de l’archidiocèse de Rabat.)


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