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L A V I G E R I E . be

Lignes de fracture N°56 Breuklijnen

Février - Februari 2012
dimanche 4 mars 2012 par J.V.

 Un KOSOVAR S’EST SUICIDÉ

Rexhep Salijaj venait de rejoindre sa famille, en Belgique, après dix années de séparation. Sa femme et ses enfants étaient en Belgique depuis plus de dix ans. Son fils aîné, Berat, avait acquis la nationalité belge et lancé une société de construction plutôt florissante. Rexhep, le père, obtint un visa en janvier 2011. Il travaille dans l’entreprise familiale. Le 17 octobre l’Office des étrangers lui signifie qu’il doit quitter le pays. Consternation ! Le 3 février – date butoir – Rexhep se suicide. Berat porte plainte contre l’Etat belge. Betim, le cadet de la famille, écrit cette lettre ouverte :

"Papa s’est suicidé. Il s’appelait Rexhep. Ils diront sans doute qu’il était dépressif ou quelque chose comme ça. Moi, il m’a appelé Betim. J’ai 14 ans. Papa s’est battu, armes à la main ; pour l’indépendance du Kosovo, peu après ma naissance. Il disait qu’à l’époque, il combattait d’abord pour sa famille et qu’il savait à ce moment pourquoi, contre qui et avec quels moyens. Mais la guerre nous a séparés. Ma mère s’est réfugiée en Belgique avec ses enfants.

Papa s’est pendu. C’est mon grand frère qui l’a trouvé. J’ai trois grands frères et une grande sœur. Nous sommes tous en séjour légal en Belgique depuis plusieurs années. Mon frère aîné est d’ailleurs devenu belge. Il y a longtemps que mon père tentait de nous rejoindre. Il disait qu’il avait mal à ses enfants. Mais il voulait vivre avec nous dans le respect des lois. Le visa lui était refusé parce que nous étions trop pauvres et que seuls ceux qui ont suffisamment d’argent peuvent vivre en famille.

Papa est mort. Pourtant, une nouvelle vie s’ouvrait devant lui. Quand mon grand frère a gagné suffisamment d’argent, comme entrepreneur, papa a reçu son visa et il est arrivé en Belgique. J’avais cru qu’il se jetterait dans mes bras, mais ce n’est pas comme cela que ça s’est passé. Il m’a regardé longtemps et ne m’a embrassé qu’après, comme s’il devait d’abord déposer quelque chose après un long voyage.
Papa vivait près de nous. Il a reçu une carte orange. L’avocat disait qu’après six mois maximum, la commune était obligé de donner une carte pour plus longtemps, mais ils n’ont pas respecté leurs lois. Ils ont fait traîner le dossier en attendant que le nouveau système de regroupement familial s’applique. Dans la nouvelle loi, il est écrit qu’un enfant majeur, comme mon frère aîné, ne peut pas se faire rejoindre par son père. C’est nouveau, c’est pour qu’il y ait moins d’étrangers en Belgique. Les autres enfants ne pouvaient donner les garanties financières.

Papa est enterré à présent au Kosovo. Le dernier jour du délai qu’ils lui ont accordé, il a préféré mourir plutôt que nous perdre à nouveau. Il a obéi à l’ordre de quitter la Belgique mais dans un cercueil. Il disait qu’ici, il se battait encore pour sa famille, mais qu’il ne savait pas contre qui, ni quelles étaient les armes à utiliser. Cette fois-ci, il a perdu la guerre, et nous avec lui.

Moi, je suis encore un enfant. J’ai fui la violence pour venir en Belgique mais je ne m’en souviens pas parce que j’étais trop petit. C’est un pays où l’on dit et où on écrit partout qu’il n’y a rien de plus important qu’un enfant et l’amour dans la famille. J’ai la haine."

Betim.

La Libre Belgique, 23 février 2012.

 

Ndlr. Je ne voudrais pas être à la place de celui qui a pris la décision dans ce dossier, où le simple bon sens aurait dû triompher manifestement. « L’homme n’est pas fait pour le sabbat, mais… »


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